Comme dans un rêve…

Ce parcours, le Camino Frances, a été pendant dix ans mon mètre étalon. Chaque année début mai, il m’indiquait mon état de forme du moment. Tous les ans j’augmentais la moyenne journalière jusqu’à plus de 65 km. Un de mes meilleurs souvenirs du chemin c’est d’avoir pu courir les 120 derniers kilomètres avant Saint-Jacques, dans la journée. Une épopée mémorable.

Chaque année, partant de Saint-Jean-Pied-de-Port, épuisé par la charge professionnelle, j’arrivais à Saint-Jacques, léger, d’attaque, pour reprendre le boulot après 750 km en 13 à 14 jours de course.

Force est de constater que l’étalon n’est plus le maître sur le chemin. Cette année, je peine à boucler des étapes de 40 km que j’ai volontairement diminuées pour faire écho à un moi… diminué.

Après Alto del Perdón et ses petits personnagesde métal, je poursuis le chemin, l’esprit embrumé par une pointe de nostalgie,

quand soudain, comme dans un rêve, je reconnais le bruit caractéristique d’une foulée légère qui se rapproche et me double.

D’un minuscule sac à dos sortent 2 tongs. Assurément cette jeune femme n’est pas du coin. En haut de la côte je la rattrape et nous faisons connaissance.

Maddy, jeune Australienne de moins de 30 ans est un peu mon double du chemin… enfin, mon demi si on considère l’âge 🤣.

Simplicité et abord facile la caractérise… elle irradie de plaisir de courir « aussi facile » et est contente d’échanger avec quelqu’un qui court et qui connaît le parcours qu’elle entreprend. Sûre d’elle et de ses performances elle n’a pourtant pas besoin de conseils.

Des avertissements peut-être ? Partie depuis 2 jours de Saint-Jean-Pied-de-Port, elle fait déjà une allergie au soleil. Je sais que les Australiens ont l’habitude du soleil qui cogne fort… mais il faut qu’elle se protège.

Nous parlons précautions, pour prévenir les blessures qui arrivent forcément au fil des kilométres. Mollets, cuisses, tendons releveurs, tout y passe et j’avoue que je n’ai jamais eu l’occasion d’un telle communion sportive… la nostalgie en plus. Savoir que ce Saint-Jacques en trottinant est peut-être pour moi le dernier, me rempli d’une émotion que peine à masquer le fait que je me réjouis du bonheur de Maddy.

Je la laisse à l’entrée de Puenta la Reina. Elle doit trouver un logement, j’ai le mien. Demain nous devrions parcourir la même étape… 44 km jusqu’à Los Arcos. Mais il vaudrait peut-être mieux que l’on ne se recroise pas. Autant j’ai eu plaisir à tenir le rythme sur les 7 derniers kilomètres de l’étape… autant je ne ferai pas illusion longtemps sur une étape complète.

Buen Camino !

Épilogue ?

Ce matin, Peu avant le village de Cirauqui, j’entends un « Christophe ! » Bien fort avec un pointe d’accent que je reconnais. C’est Maddy !

Je suis devant ! Bon j’avoue que j’ai un peu rusé, je suis parti très tôt ce matin. Nous marchons un moment ensemble, puis en haut de la côte, nos chemins se séparent.

Elle me depose littéralement sur place en mode « Ligue des champions ».

Je continue mon chemin à allure « division d’honneur ».

Buen camino ! Pour de bon !?


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