Huit jours d’une randonnée aérienne, pas vraiment destinée aux personnes qui ont le vertige. Arpenter la côte de la mort, decouvrir des plages à couper le souffle, en bande son, le fracas des vagues. O Camiño dos Faros, une nature préservée. Le chemin est mieux tracé dans le sens Malpica à Fisterra. Personnellement je préfère marcher dans l’autre sens de Fisterra à Malpica. Je trouve le paysage plus sauvage.
Christophe
| Jour 1 Fisterra Lires | Jour 5 Arou Laxe |
| Jour 2 Lires Muxía | Jour 6 Laxe Ponteceso |
| Jour-3-Muxía-Camariñas | Jour 7 Ponteceso Ninons |
| Jour 4 Camariñas Arou | Jour 8 Ninons Malpica |
Jour 1 Fisterra Lires 22 km D + 750 – 800
Je vous emmène marcher sur le chemin des phares, O Camiño dos Faros, un magnifique sentier à flanc d’océan qui relie Fisterra à Malpica en huit étapes assez sportives… pour un total de deux cents kilomètres.
Si vous souhaitez, parcourir le chemin des phares en Galice, prenez bien le temps de découvrir tous les détails pratiques sur le site des créateurs de ce chemin. (Cliquer sur l’image).

Le Camiño dos Faros ne s’improvise pas. Je recommande vivement l’utilisation d’une trace GPS que vous pouvez trouver sur le site du chemin.
Ce matin je peine à sortir du lit. Il est 7 h 00, l’horaire est parfait, pourtant ça ne fonctionne pas. L’appréhension d’un nouveau départ ? Peut-être !
Bref, je me hâte mollement en direction du départ, le phare de Fisterra. Là, je traîne, tourne une courte vidéo, cherche un banc pour écrire, un vrai refus d’obstacle.

Bon la météo n’aide pas. Je me faisais une joie de parcourir ce chemin en balcon sur l’océan face à un ciel et une mer d’un même azur qui se rejoignent au loin, mais ce matin je pars sous un temps d’arrière saison, octobre novembre, pas mieux.
Cheminer c’est se préparer à tout, mais là j’avoue c’est plus facile à dire qu’à vivre.

Le soleil pointe enfin le bout de son nez à la deuxième montée et là, tout s’éclaire. Des dentelles de roches tombent dans l’océan, provoquant un bouillonnement d’un blanc immaculé et d’un bleu marine intense. Féerique !
Le bruit des rouleaux qui frappe la côte inlassablement, sera ma bande son pour la semaine à venir. J’aime ce roulement perpétuel, il m’apaise.

Je retrouve la marche sur les plages. Les 1 500 km marchés sur le sable, lors de Gibraltar Cap Nord, font remonter en moi une émotion forte, impressionnant élastique, qui me replace deux ans en arrière, période rêvée. « Je suis un marin des terres arpantant inlassablement cette coursive infinie ».
La liberté ultime se trouve peut-être là, dans cette marche, sans chemin, sur le sable ?
A marée montante, il faut être vigilant quand on marche sur l’estran, la partie humide de la plage, là où le sable est le plus dur.
J’ai gardé de bons réflexes, guettant du coin de l’oeil la vague scélérate qui voudrait me lécher les baskets. C’est rarement la plus tonitruante, celle là se casse dans sa voisine. Mais la troisième, discrète, se faufile et en un instant le pied est mouillé, parfois plus.
Attentif, je poursuis mes rêveries, repos de l’âme.

14 heures, à l’heure Espagnole, j’arrive un peu cramé au bar de la plage de Lires, pour fêter cette première journée, autour d’un bon repas : Salade de la casa et tortilla de patatas, un grand classique de la cuisine Ibérique.
Jour 2 Lires Muxía 31 km D + 1000 – 1050
Sur le papier cette étape devrait être la plus difficile des huit. Du coup, je me conditionne pour un départ à 7 h 00, partant le ventre vide mais me réjouissant de prendre un bon petit déjeuner au bar de la plage de Nemiña, quatre kilomètres après le départ.

Tout est bien calculé pour mon arrivée à l’heure d’ouverture habituelle d’un bar… sauf que l’établissement est un restaurant et ouvre à… midi.
Cela m’amène à prodiguer un conseil que je ne me suis pas appliqué : Toujours partir avec de la nourriture pour la journée.
Sur le chemin des phares on croise beaucoup moins de bars et de commerces que sur le chemin de Saint Jacques de Compostelle.
Heureusement, j’ai toujours sur moi deux gâteaux de secours.
Deuxième erreur, je ne porte qu’ un litre d’eau ce qui est insuffisant sur ce parcours sauvage où on ne trouve pas fréquemment de l’eau.
Je bois un demi litre d’eau avant de re remplir ma gourde dans les toilettes du parking… et c’est parti. J’ai pour moi la fraîcheur du matin et le vent à quarante km/h qui devrait limiter la température… mais pas le dessèchement. Ultreia… on verra.

Sans difficulté, je suis rapidement au phare de Touriñán, le plus à l’ouest de l’Espagne continentale. Le plus difficile commence quelques kilomètres après.

Une montée quasiement verticale, au début, et de près de trois cents mètres de dénivelés en moins de deux kilomètres. Pour corser la situation des Ajoncs, avec des pointes acérés comme des sabres, me lacèrent les mollets.

Je recommande vivement le port d’un pantalon très épais. Mon legging n’était franchement pas suffisant et mon épaisse chemise anti UV était tout juste assez efficace. Je ne sais pas qui a inventé ces arbustes qui feraient passer les éléments de torture du moyen âge pour des doudoux bien doux.
Malgré le temps sec, le terrain glisse, mais je viens à bout de cette portion en m’aidant des mains à quelques reprises.
Cette bonne grimpette me fait passer l’envie de redescendre au niveau de la mer pour remonter sur une autre colline. Je coupe par la route ce doigt qui manquera à mon chemin… mais qui me permet d’arriver en vue de Muxía à l’heure de déjeuner Espagnole.

La vue est magnifique depuis le Mont Cachelmo, mais la fatigue, la faim et la déshydratation aidant, je chute lourdement par deux fois et il me faut encore une bonne heure avant d’être attablé devant une pizza, petit-dejeuner/déjeuner.

Du Sanctuaire Notre Dame de la Barca, point final de ma journée, j’admire le phare du Vilán. Je pourrais même le toucher… mais je ne l’attendrai qu’après-demain midi.
Avant ça, joie et bonheur, une journée de marche en fond de rade m’attend demain. Trente kilomètres…
Jour 3 Muxía Camariñas 29 km D + 530 – 530
Nouveau réveil un peu difficile. Le poids d’un mois de randonnée avant le chemin des phares ?
Autre chose ?
Peut-être que dormir ce soir à un kilomètre à vol d’oiseaux de Camariñas alors que je vais marcher trente kilomètres pour l’atteindre, freine mon élan matinal ?
Pourtant à 8 h 00, le ciel est bleu, sans un nuage, le vent, si pénible hier, s’est tu durant la nuit et je sais que je vais, une fois encore, traverser de belles plages de sable fin avec le luxe d’être seul au monde en ce début de mois de Juillet.

C’est assez incompréhensible que l’Homme s’entasse par milliers sur des confettis de sable, laissant en jachère des pans entiers de la côte.
J’aime me poser sur un rocher au petit matin, j’écris, je rêve, je réfléchis, bercé par le léger clapot des vagues qui viennent mourir sur la plage.

Mais bon, il me reste encore vingt kilomètres qui passent comme dans un rêve. Il faut dire que sur cette étape, à part quelques portions de route, le reste n’est que cheminement au frais sous les arbres, le long de l’océan. Magique !
En fin d’étape, la chaleur active les fragrances de pins et d’eucalyptus, pour mon plus grand bonheur. Une vraie cure de Sylvothérapie !

Jour 4 Camariñas Arou 22 km D + 400 – 400
Je démarre ma quatrième journée par un petit déjeuner sur le Port de Camariñas. Les habitués sont à la bière, la deuxième pour certains. Un homme est accoudé au bar et sirote une liqueur d’Herbas à quarante degrés, Les plus sobres sont au café « con leche »et tous refont le monde, de bon matin.
Je ne suis pas encore tout à fait à l’heure Espagnole, avec mon café Americano et mes tosdadas.
Autant sur le chemin de St Jacques, on peut rester à l’heure Française pour les repas, autant ici, sur le Camiño dos Faros, il est agréable de se décaler de deux bonnes heures, pour profiter de l’ambiance. Hier soir j’ai déjà récupéré une heure de décalage.

À table à 20 h 00 pour quelques zamburiñas excellentes, j’ai partagé la terrasse avec des Espagnols qui étaient soit encore à l’apéro. Allez encore un petit effort de sociabilisation 🤣.

Le temps est magnifique pour cette quatrième étape. Je longe la côte face à Muxía. J’aperçois le Sanctuaire Notre Dame de la Barca que je pourrais toucher.

Pause écriture à la chapelle de L’ermitage da Virxe do Monte avec en ligne de mire le phare du Vilán. Les éoliennes sont à l’arrêt, les voiliers se traînent, il y a pétole. Seul le toussotement du moteur de rares bateaux de pêche vient rompre le silence de ce petit matin. Apaisant !

Je suis maintenant à l’approche d’une véritable forteresse, que dis-je d’un château, le château-phare de Vilan, qui se dresse sur l’important éperon du Cabo do Vilano.
C’est mon quatrième phare depuis le départ… au moins.

Un belle piste prend la suite. Elle est carrossable mais seulement connue de quelques initiés. C’est vraiment confortable de cheminer en léger surplomb de l’océan.
L’étape se termine par un sentier dans un dédale de rochers qui alternent avec des plages de sable blanc. De petits ports improbables complètent ce paysage de carte postale.

Une très belle étape courte. Mais j’avoue que je suis content de me poser, à 14 h 30 pour un déjeuner d’autant plus apprécié que je suis rincé.
Jour 5 Arou Laxe 19 km D + 400 – 400
Ce matin, comme si je changeais de salle dans un Musée de peinture, changement d’ambiance.

L’azur a laissé place à un camaïeu de gris.
Curieusement l’absence totale de clapot, la fraîcheur du matin et l’absence de soleil donne a cette côte déchiquetée, un aspect plus reposant.
Bien sûr, les mouettes et les goélands occupent encore le terrain de leurs cris stridents qui, je l’avoue, commence à m’agacer, surtout depuis qu’un de ses volatile scélérat a voulu se servir directement dans mon assiette, goûtant autant que moi l’empanada de atun, tourte au thon délicieuse.
Bref, une matinée de marche tranquille pour une étape quasiment plate, de dix neuf kilomètres. Le rythme de mon pas ralenti, je ne marche plus vraiment, je flane, nez au vent, au bord de l’eau. C’est aussi ça le chemin des phares, des portions très reposantes.
De Arou à Camelle, je marche sur une petite route tranquille, ça repose les pieds.
Curieux sentiment de se sentir l’unique touriste dans ces petits villages de pêcheurs. Unique, j’exagère un peu, il y avait trois « étrangers » pour une trentaine d’espagnols dans le restaurant, hier midi.
Peu après Camelle, le chemin reprends, toujours au plus près de l’océan, toujours des blocs de rochers, des fougères, des pins… et des ronces, autour desquels le sentier se faufile.

Puis le chemin alterne entre pistes, bons sentiers et plage.

Le phare de Laxe, petit cylindre blanc insignifiant, donne le signal d’une arrivée imminente.

Voila, c’est fait !
À la douche !

Jour 6 Laxe Ponteceso 25 km D + 650 – 650
Je quitte Laxe en même temps que le voilier d’exploration Français TARA. Très vite, il met les voiles et disparaît dans la brume.

Je poursuis le chemin entre fougères et rochers, toujours en surplomb de l’océan. Vraiment, j’aurais fait une bonne cure d’iode marin durant cette semaine.
Puis le chemin quitte la côte pout monter en direction du Dolmen de Dombate par une petite route peu empruntée, repos des pieds.
Étonnant d’imaginer qu’une construction humaine de plus de cinq mille ans témoigne encore des rites funéraires de nos ancêtres.
Qu’est-ce qui se joue dans le respect de nos morts ?
Est-ce que c’est ce qui nous différencie des animaux ? Je ne m’aventurerai pas sur ce terrain là, persuadé qu’il serait surprenant que nos cousins, mammifères et autres espèces n’aient pas une conscience de l’autre… peut-être même plus humaine que certains d’entre nous.

Ce Dolmen est bien mis en valeur, l’entrée est gratuite et une visite animée par des comédiens est disponible en espagnol à certaines heures.
Je redescends vers la côte en cheminant le long d’un petit cours d’eau, parsemé de ruines de vingt quatre moulins. Impressionnant !

En fin d’étape, une longue promenade aménagée me conduit à Pondeceso. Je profite d’un restaurant éphémère pour déjeuner avant l’arrivée.

Jour 7 Ponteceso Ninons 28 km D + 870 – 800
Je quitte Ponteceso un peu plus chargé que d’habitude, car nous sommes dimanche et à Niñóns, où je vais dormir, il n’y a ni commerce ni restaurant.
Magnifique chemin sur une digue qui sépare un marais d’eau salée et un petit cours d’eau que j’accompagne jusqu’à l’océan.

Je retrouve les dunes et de magnifiques fleurs. Pause poésie…

J’aperçois déjà le village de Corme, dernière chance pour moi de déjeuner sans surcharger mon sac. Il est 10 h 30 et pour ne pas affoler la population, je commande des tosdadas à la tomate et un café. Je me fonds dans le paysage… je vais bientôt pouvoir devenir agent secret 🤣🤣🤣.

Une petite route tranquille me conduit au phare de Roncudo. On ne pourra pas dire que les Espagnols sont trop dispendieux. En tout cas, un phare ça doit faire son boulot de phare. Éclairer…et puis c’est tout !

J’ai une pensée pour tous les naufragés de cette côte de la mort… à en croire les documents d’époque, présentés le long de la route, cette côte porte malheureusement bien son nom.

La pluie annoncée me cueille juste après le phare. Rien de méchant, quelques averses qui brisent la monotonie d’un sentier qui devient bien casse-patte.
Et c’est avec grand plaisir… et bien fatigué, que je quitte la côte pour rejoindre mon gîte.
Jour 8 Ninons Malpica 23 km D + 680 – 680
Sentiments mêlés ce matin… entre l’envie d’arriver et de retrouver ma famille après deux mois sur les chemins (Saint Jacques de Compostelle, puis le chemin des phares)… et la tristesse de quitter cette magnifique côte de la mort.

Je suis relâché, peut-être un peu trop.
Après un départ facile sur un bon chemin en bordure de l’océan, les choses se corsent après le phare de la pointe de Nariga.

Je me fraie un chemin entre de gros blocs de rochers, des hautes fougères. J’enchaîne une nouvelle folle succession de montées courtes, descentes parfois bien raides et je dois avouer que je ne suis pas mécontent d’arriver dans le petit port de Barizo.

Je m’amuse ensuite à couper par la plage et les rochers, plus pour le jeu que pour gagner deux kilomètres. Quoique… ce matin un kilomètre c’est un kilomètre. Je n’aurais pas imaginé terminer ce chemin en si petite forme.
Ce Camiño dos Faros cache bien son jeu. La plupart du temps c’est un beau chemin tranquille mais il sait aussi se transformer en belle « bavante » avec ces petites buttes de cinquante à cent mètres de dénivelé et ces passages où il faut mettre les mains à la montée comme à la descente, surtout les deux premières étapes… et la dernière.

Déjà l’île de Sisargas pointe le bout de son nez, elle annonce l’arrivée à Malpica, petite ville que j’affectionne particulièrement pour ses couleurs et son ambiance de cité balnéaire décontractée.

Ici, sur le front de mer, on va pieds nus la plupart du temps et croiser quelqu’un en maillot de bain dans les rues ne choque personne.
Huit jours, deux cents kilomètres, cinq mille mètres de dénivelés… et des heures de bonheur.
Les créateurs de ce chemin l’ont conçu de Malpica à Fisterra, afin d’être bien entraîné pour la partie la plus physique, entre Fisterra et Muxía… mais avec ce que j’ai vu ce matin, je n’ai plus d’avis sur le sens dans lequel cheminer, tant cette petite étape du jour n’a pas été de tout repos.
Ce chemin est vraiment magnifique. On marche très souvent sur un sentier au plus près de l’océan avec l’impression, parfois, d’être dans les « mers du sud ».
Si vous voulez parcourir le Camiño dos Faros, il est important de préparer votre trek en consultant le site officiel (cliquer sur l’image)… et n’oubliez pas de prendre un pantalon très épais et des manches longues pour les parties piquantes… et la trace GPS du parcours.
A bientôt pour de nouveaux chemins !