
Ce texte brut est un extrait de mon carnet de route de ces derniers mois (août 2024, juin 2025). Il a été écrit au jour le jour. Il n’a pas vocation à être universel. Juste un témoignage, un message d’espoir.
Christophe
9 mois
9 mois, il m’a fallu 9 mois, le temps d’une naissance, pour une renaissance.
9 mois à tourner autour du Puy de Dôme comme un bateau fait des ronds dans l’eau avant de franchir le départ d’une course au large.
9 mois, c’est le temps qui m’a été nécessaire pour incarner la dernière phrase écrite sur en août à l’arrivée au Cap Nord.
« Les pèlerins de Saint Jacques de Compostelle quittent la Cathédrale par la porte du transept sud en passant sous un chrisme, pierre présentant l’alpha et l’oméga mais de manière inversée, signifiant ainsi le début d’une vie nouvelle.
Le Globe monumental du Cap Nord produit cet effet sur moi. Je le quitte persuadé que la fin de cette formidable aventure marque le début d’un nouveau chemin de vie »
Je suis content de vous emmener en voyage. Ce sera plus régulier désormais.

Ce mode de vie, cette identité va m’amener à parcourir le chemin de Saint Jacques en trottinant, à cheminer sur le Camiño dos faros en Galice et pourquoi pas rejoindre le Cap Nord à ski, cheminer le long des chemins de halage de la mer noire à l’océan atlantique… marcher dans les pas d’Axel Khan dans ses 2 diagonales du vide… .Bref, les envies ne manquent pas.
Avant ça, je vous propose un voyage qui se termine bien, un voyage qui m’apprend encore beaucoup, une immersion dans le lâcher prise : La dépression.
Loin de moi l’idée d’appitoyer. Je souhaite, avant tout, porter un message d’espoir, d’espérance pour toutes celles et tous ceux qui vivent à l’arrêt, malmenés par des hauts et des bas qui n’ont rien à envier aux plus terrifiantes montagnes Russes.
Je veux lever le voile pudique et gêné que l’on pose trop souvent sur ce sujet. Je tiens à remercier toutes les personnes qui ont bravé l’interdit que l’on se met en tête de ne pas contacter un dépressif et qui ont continué à prendre de mes nouvelles, à me rencontrer durant ces derniers mois.
En premier lieu, je souhaite remercier mon épouse, palan magnifique, capable de lever du canapé la plus pesante enclume, quand les forces m’abandonnaient.
Dépression, un long voyage…
26 août… Ce voyage m’a « tuer »
Ce voyage m’a « tuer » pour paraphraser une inscription devenue malheureusement célèbre.
Passée l’euphorie de l’arrivée au Cap Nord qui m’apporte un peu plus de confort, je me sens vite mal. Je profite peu de notre voyage retour, pourtant attendu de longue date. Quatre jours sur l’Hurtigruten, trois jours à Bergen, trois jours à Oslo.
Je ressens un trouble curieux comme une hypersensibilité au changement de programme. En cas de contrariété, mes muscles se contractent, je suis tétanisé. Sans raison objective, je sens une peur monter dès lors que je ne maîtrise pas tout.
Est-ce d’avoir tout décidé seul pendant vingt et un mois de voyage qui me rend aussi rétif ?
Est-ce d’avoir été tout le temps en éveil dans ces nombreux bivouacs qui me met aux aguets comme une bête sauvage ?
Étonnamment ce voyage de Gibraltar au Cap Nord qui aurait pu me renforcer, abouti à une perte de confiance en soi. Quelle vie après cette mort ?
Je pleure des larmes sèches, plus douloureuses que celles qui coulent. Qu’il m’est difficile de faire ce chemin inverse vers ce que certains nomment l’humanité.
Soyons honnête, je ne peux pas être trop dur avec ce formidable voyage, initiatique, catartique, qui m’a clairement sauvé de l’épuisement professionnel qui était à l’œuvre depuis près de 10 ans.
Malgré 12 000 km, 500 jours de marche, je sais maintenant que ce voyage ne fait que commencer. Un voyage vers un alignement.
15 septembre, Atterissage trop violent… redécollage immédiat !
Durant ce dernier mois je me suis laissé déborder par un phénomène que j’ai moi-même créé. Trop content de revoir mes amis, j’ai raté l’atterrissage, ou plus exactement, j’ai atterri trop brutalement, fonçant tête baisser dans mes pires travers du trop. Trop fêter, Trop boire, trop manger. Et pour autant cette distraction ne m’a pas empêché de sombrer dans une « dépression post trail », aussi naturelle que très bien documenté.
Le redécollage est nécessaire direction Saint Jacques de Compostelle que je vais rejoindre en courant depuis Burgos. J’ai besoin de me reconnecter au chemin, besoin de mieux réfléchir l’atterrissage à venir pour enchaîner sur un mode de vie plus en rapport avec la vie réglée du chemin, une vie respectueuse du corps et de l’esprit.
6 h 00, le vent souffle fort dehors, le tonnerre gronde au loin. J’ai une furieuse envie de rester au lit.
Je suis parti « à l’arrache », de la maison, bouclant mon sac en moins d’une heure. Un sac de 3 kg, bien loin des 15 kg habituels. Ça sent l’improvisation qui va se payer. J’imagine partir pour des vacances jusqu’à Saint Jacques et même si j’ai parcouru ce chemin plus de 10 fois en courant, je ne mesure pas ce qui m’attend.
Très vite je retrouve l’esprit chemin je discute avec deux français, une française, des anglais, des Japonais. Je redécouvre le plaisir de marcher dans la même direction, la joie de pouvoir parler longuement en cheminant.
Le vent se renforce, la pluie me cingle le visage. Je suis heureux, ça ravigote !
20 septembre… Vieillir
Qu’as-tu fait pendant ces 3 ans ? « j’ai vieilli ! » Ce sont presque les derniers mots de mon message d’arrivée au Cap Nord.
Et c’est vrai, je le mesure aujourd’hui peinant à avaler plus de 40 km par jour quand je volais sur le chemin, il y a quelques années, dévorant jusqu’à 65 km par jour.
Que c’est difficile de se retrouver « à l’arrêt » sur un chemin que j’ai survolé tous les ans pendant près de 10 ans. J’entends déjà ma femme me dire qu’il y a un temps pour tout. Elle a peut-être raison.
La faute à qui si je me retrouve là, enchaînant des étapes trop longues ?
La faute à deux gamins, mon corps et mon esprit, qui s’entendent comme larrons en foire et qui ne sont jamais en reste pour se chamailler, se tirer la bourre. Même pas cape ? Chiche ? Ils ne se rendent pas compte que les années ont passé.
Vieillir quel joli mot, il porte en lui tout ce qui a été vécu.
Aujourd’hui j’ai vu défiler dix ans de vie pro et perso. Des années de bonheur au côté de mon épouse et de nos deux filles.
Des années professionnelles très chargées, riches de rencontres et de projets stimulants.
C’est fou ce que l’on arrive à faire en dix ans. Allez, on se donne rendez-vous dans dix ans ?
4, 3, 2, 1, 0 !
17 novembre, Festival International du carnet de voyage de Clermont-Ferrand

Cette année, j’ai l’incroyable chance d’être invité au Festival international du carnet de voyage en tant qu’auteur pour parler de mon livre Le voyage interieur… 12 000 km à pied entre Gibraltar et le Cap Nord et exposer textes et photos. Rencontres individuelles avec plus de 1 000 personnes que je ne connais pas, en plus toutes les personnes qui sont venues pour me voir. Ça fait chaud au cœur de revoir amis et collègues.
Une expo magnifique et une conférence top !

J’avoue que cette expo m’a distrait un moment de ce mal être qui me colle à la peau. Une voix qui chevrotte par moment lors de la conférence lorsque je parle du retour. Je perçois que quelque chose se joue, mais je ne comprends pas encore vraiment.
5 décembre… Une petite déprime
Deux mois que je rechigne à mettre le nez dehors, deux mois que je ne marche que par obligation avec mon épouse. Ma femme me donne une bonne occasion de reprendre le chemin. Je dois me rendre à l’anniversaire d’un ami en Ardèche. « Tu n’as qu’à y aller à pied » me dit-elle. Sitôt dit, sitôt organisé, mais déjà je regrette et je prends pour une obligation ce qui devrait n’être qu’une belle partie de plaisir.
15 décembre… Partir !

Quitter le connu, son confort pour plonger dans l’incertain me comble et me paralyse. Mes muscles se tétanisent à mesure que la crise d’angoisse monte. Est-ce d’avoir été sans cesse en hyper vigilance durant 12 000 km ? Ou bien est-ce tout simplement la peur du nouveau qui se fait plus forte ?
Pour tenter de guérir de l’impossible retour, me voilà en chemin, pour une semaine, seul dans les Cévennes, en hivernal.
Nul besoin de partir loin pour voyager beaucoup, tant tout s’étire quand on fait le choix de cheminer à pied.
C’est quand même ballot ou heureux de voir que dès que je mets un pied devant l’autre, un univers de possibles s’ouvre à moi.
J’entends déjà Axel Khan m’appeler à ses de deux diagonales du vide, tout un programme.

Cette escapade me comble au-delà de ce que je peux imaginer. J’ai l’impression de rencontrer un autre pays quand je chemine à pied dans la France de l’intérieur. Tout comme dans le coin le plus reculé de la Norvège, il faut aussi prévoir deux ou trois jours de vivres.

12 janvier… Dépression
Je suis malade, cela s’impose à moi, c’est en substance ce que me confirme Yann un médecin du travail qui me connaît bien. J’ai beaucoup travaillé avec lui par le passé, notamment quand j’ai co-animé les formations sur le stress et les Risques Psycho Sociaux. Je m’écoute lui décrire des symptômes que je connais par cœur. Je m’aperçois que je coche toutes les cases même si je n’ai pas réellement le sentiment d’être en dépression. Pour moi un dépressif c’est quelqu’un qui pleure toute le journée au fond de son lit et qui refuse de voir des gens. Moi, je suis plutôt avenant, je donne le change et pourtant…
… un long voyage qui se termine bien
17 janvier… Première rencontre psy
Cinquantenaire à la bouille sympa, madame P m’inspire d’emblée. Le contact passe facilement. À quoi ça tient ? Elle m’écoute beaucoup, me question peu. Elle me met en confiance, j’avoue que j’ai bien envie de la suivre, même si je ne sais pas vraiment où cela va me mener. J’ai le sentiment que la situation se complique, que le délai s’allonge, que tout s’éloigne.
30 janvier… Une bien longue attente
Toujours envie de rien, toujours incapable de me projeter dans la réussite d’une quelconque action, je mets le paquet sur les taches ménagères. Je dois absolument lever le pied sur les heures de télé pour ne pas agacer ma famille.
Mes nuits sont toujours courtes et hachées. Je saute dans le premier train du sommeil à 21 h 00. Il me mène sur un quai sombre vers 3 h 00. Là toutes mes idées noires s’entrechoquent sans hiérarchie durant une heure ou deux. Puis je comate jusqu’à 6 h 00.
Mon œil gauche ne cesse de clignoter comme une diode. C’est usant.
Est-ce que je vais réussir à retrouver confiance en moi ? en mes capacités ?
1er février… Quelle nuit mes amis, quelle nuit !
Je me trouve dans une situation où le dernier qui a parlé a raison. Une abolition du discernement ? Une perte de repère ?
Le déjeuner avec Julien, un ancien collègue qui a monté sa boite de conseil et formation en management, me redonne l’envie d’animer des formations, ce que j’avais définitivement banni de mon esprit.
Mais je dois le quitter très vite, j’ai rendez-vous avec ma médecin. Aujourd’hui, elle prend le temps, deux créneaux et la salle d’attente est vide, de quoi avoir une discussion plus posée. Tout y passe, les actions menées depuis dix jours, les réactions de ma famille.
Nuit courte, réveil à 3 h 00 puis à 5 h 00 puis à 7 h 30 à la suite d’un rêve étrange mais qui n’est pas le premier.
Mes nuits sont bien mouvementées en ce moment.
Je n’ai plus envie d’animer de formation, finalement.
2 février… Une marche thérapeutique
Je me fais violence, toujours, pour tout.
Il devrait faire beau durant les trois prochains jours, je programme une marche de deux jours vers le Mont Dore. Un secteur connu, pour renouer avec le plaisir de la marche. Je peine à faire mon sac, je repousse, je repousse… Enfin, il est fait.
Bonne nuit, pour une fois, mais un départ sans joie ni impatience, au petit matin.
La nature est saupoudrée d’un blanc immaculé. Juste assez pour faire hiver sans enfoncer. Lac de Servières, lac de Guerry, Mont Dore, tout s’enchaîne bien, en automatique, sans réel plaisir, une obligation thérapeutique.
Je me langui d’arriver à l’hôtel pour me poser sur un lit devant la télé.
Belle après-midi de glandouille. J’ai besoin de ces temps de repos. Ils ont encore plus de goût quand on vient de marcher vingt kilomètres. Du goût aussi pour la St Nectérade au restaurant de l’hôtel et encore une bonne soirée télé avant une nuit qui tarde à venir. Trop de gamberge. 1 h 00 du matin, de guerre lasse, je sombre.
3 février… Le Retour
Malgré la petite nuit, j’ai la pêche. Je me projette vraiment dans un nouveau projet professionnel. Je croise les doigts. J’avoue que je serais déçu si je ne pouvais pas aller au bout de ce projet-là.
J’envisage de m’occuper de mes livres. Je sens que le voyage, l’itinérance, le vagabondage fait partie de mon identité.
J’ai un nom pour la société, GNK pour Gibraltar Nord Kapp. Je pourrais créer une structure qui accompagnerait les quelques éléments marchands de cette nouvelle étape de ma vie.
Je me vois déjà poster une photo sur LinkedIn et annoncer la naissance de GNK.
Je suis tellement en forme que j’envisage de refaire cette boucle avec mon épouse dès le lendemain.
4 février… Encore un rêve traumatisant
Départ de Clermont sympa. Mon épouse a chamboulé son emploi du temps pour me faire plaisir, elle prend sur elle.
Belle journée ensoleillée. C’est un parcours que l’on voulait faire ensemble. Mon épouse a du mal à me croire quand je lui dis que j’ai fait la reconnaissance pour nous. Je n’imaginais pas l’amener sur un chemin que je ne connais pas, alors que nous sommes à 20 km de la maison. Ça fait combien en confiance en soi ?
Arrivée à l’hôtel vers 17 h 00. C’est parfait, il fait encore jour. Belle étape. J’ai même pu offrir un café à mon épouse au refuge du lac du Guéry, miraculeusement ouvert en semaine. C’est un peu son pécher mignon et je veux que ces deux jours soient un bon moment pour elle.
Nuit agitée, je prends le premier train du sommeil qui me laisse sur le quai à 2 h 00 du mat. Un omnibus me reprend vers 4 h 00 pour un réveil à 5 h 00 puis à 6 h 00 puis à 7 h 00. Un dernier mauvais rêve achève cette courte nuit.
6 février… Deuxième rendez-vous chez la psy
Je me force à me déplacer à pied, pour garder la forme autant que pour le côté pratique. Dans Clermont intra-muros en travaux, il est devenu impossible de prévoir son temps de déplacement.
Lors de cette séance on rentre un peu plus dans mon enfance. La conversation tourne aussi autour de la notion de liberté…
Troisième jour à double dose de médicament. Ce qui devait me donner du peps m’endort. Je suis amorti et je ne vais pas mieux pour ne pas dire plus mal. Je n’ai qu’une envie, me blottir sous un plaid et regarder la télé, m’abrutir.
J’ai l’impression d’aller de plus en plus mal. Est-ce que je m’écoute trop ?
9 février… Les Crises de stress reprennent
Sans raison apparente, ce matin je sens des fourmillements dans les cuisses. Une forme de tétanie plus faible que le mois dernier, mais elle s’accompagne d’une forme de mal être d’autant plus difficile à supporter qu’elle semble ne reposer sur rien. Je suis au degré zéro du stress, en théorie, pourtant mon corps m’envoie des signaux que je n’arrive pas à interpréter.
Journée glandouille télé puis les Tuche 5 avec mes filles.
Vivre un semblant de vie normale !
11 février… Les forces m’abandonnent
Depuis trois jours je ne vais pas très bien et ce matin ne fait pas exception. Les forces m’abandonnent.
Endormissement difficile hier, mes images mentales positives ne marchent plus, une succession de rêves cauchemardesques hachent ma nuit.
Je n’ai pas la force de me lever ce matin. Pourtant à 8 h 30, je me décide à sortir du lit. Mes jambes me font mal, je n’ai pas de jus.
12 février… Les forces m’abandonnent encore
Les nuits hachées reprennent et au réveil, toujours une absence de force qui n’a d’égal que l’absence d’envie. Je me résous à reprendre rendez vous chez ma médecin. Elle m’avait dit que le traitement me ferait l’effet d’un coup de fouet et pourtant depuis que j’ai doublé la dose, les forces m’abandonnent. Quelle est la part de l’esprit dans cette méforme ? Je n’ai envie de rien encore moins que la semaine dernière. Je ne me projette dans rien, encore moins que la semaine dernière. Est-ce que cette méforme prendra fin ?
Hier je relisais l’article que j’ai écrit pour la revue Bouts du monde, il termine sur le deuil à faire, mais j’ai l’impression que c’est beaucoup plus profond, insondable.
Changement de molécule, et prescription d’une balade par jour en plus de la psychothérapie. Je repars armé pour un nouveau départ !
13 février… Renaissance ou feu de paille ?
La nuit a été très courte : Endormissement à 3 h 00, lever à 7 h 30. Impossible de dormir avec un cerveau en ébullition allumé par la mèche de l’idée de modifier mon site internet pour accompagner mes nouvelles activités.
En vrac : Avancer dans ce projet avec mon vrai nom, sur Instagram et sur le nouveau site web à construire comme un site pro, marchand…
Est-ce que toutes ces idées vont venir se fracasser sur un coup de moins bien, des impossibilités ? La tête me tourne. Je vais devoir marcher et faire une sieste pour rattraper cette courte nuit. Attention à ne pas zapper la convalescence.
Après midi studieuse.
16 février… Une avalanche de projets
Depuis quelques nuits, je dors bien, sans gamberge.
8 h 30, un instant je me pose sur le canapé, prêt à y passer la matinée, puis un éclair, une énergie, me met sur mes jambes, je saisi une casquette au vol et me voilà en route pour le parking au pied du Puy de Dôme. Comme souvent, dès les premiers pas, mon cerveau se met en ébullition et déjà se dessine un projet qui me séduit. Je m’arrête régulièrement pour noter les idées.
Pèle mêle : J’envisage d’intervenir gracieusement dans les secteurs « non lucratifs » écoles et associations ; La structuration des canaux de communication, le marketing de soi ; La marchandisation de l’activité de voyageur.
Puis vient la liste des premiers voyages :
Le Puy St Jacques en courant dont le nom pourrait être : Jubilé pour jubiler ou renaissance… été 2025
Le chemin des phares en Galice… été 2025
Traversée du Jura en hivernal… Janvier/février 2026
Mer noire Atlantique Partie 1 … 2026
Mer noire Atlantique Partie 2 … 2026
Cap Nord Gibraltar à Vélo Partie 1 … 2027
Cap Nord Gibraltar à Vélo Partie 2 … 2028
Diagonale du vide 1 … 2029
Diagonale du vide 2 … 2030
18 février… C’est pas gagné !
De nouveau l’endormissement est impossible, de nouveau le corps se crispe, de nouveau les mâchoires se serrent. Je prends conscience que ce n’est pas gagné.
La dépression est un enfer pour un « contrôlant ». On ne contrôle pas cette maladie, c’est elle qui vous gouverne !
19 février… Suis-je cohérent ou bien suis-je dans un profond délire ?
On est déjà demain et une fois encore je peine à trouver le sommeil… une question tourne en boucle dans ma tête… Suis-je cohérent ou bien suis-je dans un profond délire ?
J’avoue me poser la question. Un métier qui est de voyager et écrire… voyager oui écrire oui… alors où est le problème. Je ne serai ni le premier ni le dernier. Enfin…, un écrivain voyageur qui ne veut pas publier, est-ce un écrivain ?
5 heures, la nuit est terminée. Je suis épuisé.
Seul dans la nuit noire sur mon canapé je zappe frénétiquement à la recherche d’une distraction. Ce matin, je suis rattrapé par une grande tristesse. Je ne peux faire que le lien avec le deuil… Le déni au début une part de colère contre soi et les autres. Maintenant la tristesse. Elisabeth Kubler Ross disait que l’on voit différentes étapes dans un processus de deuil… mais loin du systématisme que l’on présente souvent.
De quoi suis-je triste… de cette vie à l’arrêt ? D’être empêché dans mes projets ? Je n’en peux plus. Est-ce l’effet des médicaments ?
Grand tour du Puy de Dôme… 3 h 45 de marche, je termine épuisé.
21 février…Pfouuuuuuuuuuuuuuuuuuu
Pfouuuuuuuuuuuuuuuuuuu pourrais être le mot du matin. Réveil à 4 h 00, épuisé. Je tente de me recoucher après un moment devant les programmes de la nuit à la télé. C’est soporifique… mais ça ne marche pas sur moi. En me couchant à 21 h 30, j’ai au moins préservé un bout de nuit. Me voilà de bon matin à ranger le bazar de la veille, vider le lave-vaisselle, faire place nette avant le levé de la famille.
Epuisé est le mot du moment et cela m’inquiète par rapport à l’éventuel projet de course à pied vers Saint Jacques. J’avoue que ça me fiche un coup au moral.
Épuisé mais sur excité… d’après mon entourage.
Ma médecin est vraiment top ! Elle perçoit la même chose que mon épouse, je monte un peu trop dans l’euphorie. Nouveau changement de molécule. Je croise les doigts…
22 février… Je suis dans la merde !
Une fois de plus, je me réveille trop tôt, 4 h 30 !
Une fois de plus l’euphorie de la veille a fait place aux frisson, aux maux de ventre.
Mon moral est en berne. J’ai eu la mauvaise idée de me projeter dans une reprise d’activité et clairement c’est sans doute trop tôt pour l’envisager.
Je me raccrochais à l’idée de redémarrer ma vie par un Saint Jacques en courant… et déjà je me mets des embuches dans ma tête.
Cette maladie est vraiment une merde. Me voilà de nouveau incapable de me projeter dans la moindre action. Le Puy Saint Jacques en courant s’éloigne. Tout ce qui pourrait me faire plaisir s’éloigne, je suis épuisé, vidé, essoré.
Je m’aperçois qu’en fait je suis beaucoup plus atteint que je ne le pense. Je fais un refus du monde, de tout le monde.
J’ai l’impression que mon voyage Gibraltar Cap Nord est encore à l’œuvre… il m’a beaucoup plus transformé que je ne l’imaginais… il m’a rendu plus radical… plus ermite encore. Plus détaché de ce monde.
Une fois encore ce matin je pleure des larmes sèches.
Je ne supporte plus cette prison sans barreau. Emmuré dans ma vie, je souffre.
2 mars… Entre fatigue et…
Bonne nuit… réveil à 6 h 30 !
Un sentiment curieux s’empare de moi entre fatigue et je ne sais pas comment décrire cet état ni plaisant ni déplaisant… disons que je passe à travers d’activités qui mettaient en joie tout un chacun, sans plaisir. Skier sous un beau soleil n’a aucune saveur comme si une forme Covid m’avait anesthésié le goût, le plaisir.
Après trois heures de ski je n’aspire qu’à une chose, m’étendre sur mon lit, me reposer, faire la sieste.
J’expédie les repas en famille pour retrouver, au plus vite le silence dans lequel je n’accepte que le ronron de la télévision, ma seule amie du moment.
3 mars… Je m’épuise
Depuis six mois je fais tout par obligation, je me force et je m’épuise. Je ne suis motivé par rien. Aucune activité ne vient remplir mon réservoir d’énergie. Tout geste vient le vider comme des carbus mal réglés crament l’essence sans pour autant faire avancer.
De nouveau il fait beau, je retrouve de bons réflexes dans le mur d’une piste noire non damée… mais là encore, aucun plaisir ne pointe le bout de son nez.
5 mars… Le rouleau compresseur
Longue nuit…mais réveil, je suis fourbu. J’ai l’impression que mon corps passe sous un rouleau compresseur. C’est aussi douloureux qu’inexplicable… sans doute le plus difficile à accepter. Aussi étonnant que la forme qui arrive aussi vite qu’elle repart.
Après un café, je profite d’un regain d’allant pour partir rejoindre mon épouse à Patafan. 1 h 30 de montée. Un repas sur le pouce plus tard, me voilà à la peine dans la descente n’aspirant qu’à une chose… m’allonger et dormir. Ainsi va ma vie du moment. J’avoue que c’est difficile pour moi de vivre dans les trous de souris que cette maladie me laisse.
7 mars… Une journée en dent de scie
Réveil en forme, je fonce à Patafan, à 1 h 30 de marche dans la montagne… avant que l’énergie ne se dissipe et me cloue au lit.
Sur le chemin face au Mont-Blanc, des idées se bousculent dans ma tête… 1 mois dans une cabane cet hiver entre le 20 novembre et le 20 décembre… puis un tour du Sancy en ski de rando… peut-être un autre… afin d’être capable de faire Alta Cap Nord au printemps 2026. C’est bien je me projette haut et loin.
L’après-midi midi est plus en demi-teinte…sieste obligatoire puis fin d’après-midi épuisé sur mon lit. C’est du délire de dormir 12 à 14 heures… plus une sieste de près de 2 heures… et d’être épuisé comme ça.
Saisir les opportunités pour bouger quand l’énergie est là est sans doute la bonne stratégie à poursuivre pour les mois à venir.
13 mars… Nouvelle journée en dent de scie, nouvelle journée de surchauffe
Réveil à 5 h 00. De nouveau, je suis mal comme si un rouleau compresseur me passait sur le corps. Prise de médicament, petit déjeuner, 30 minutes de télé… et je me recouche.
A 9 h 00, je suis relativement frais et me voilà parti pour ma séance chez la psy. Elle voit tout de suite que je suis beaucoup plus mal que la dernière fois. La discussion tourne un peu en rond. Elle est un peu comme si elle cherchait à saisir une savonnette, elle semble aussi perdue que moi. Ça me rassure. Mais ce moment de mise en perspective est plaisant.
A la sortie de la séance… coup de barre ! Une fatigue physique intense qui me fait penser un moment que je ne serai pas en capacité de rentrer à la maison. Je marche au radar.
18 mars… En chemin vers la fin de la chimie
Réveil difficile à 9 h 30, mais le ciel est bleu et le soleil brille. Je me fais violence et je pars rapidement pour un tour de ville vivifiant. Je suis un peu ralenti… mais c’est plaisant.
Je retrouve ma médecin en début d’après-midi. J’ai le projet de me passer de la chimie, à brève échéance… et elle est d’accord pour diviser la dose par deux. Elle me suggère aussi d’être le plus actif possible afin de réduire au maximum la glandouille canapé télé… et surtout les siestes à rallonge.
20 mars… La fin du trou ?
Hier j’ai fait exactement l’opposé de ce que me disait ma médecin. Sieste le matin, sieste l’après-midi… et quasiment pas d’exercice physique… mais un coup de barre à 21 h 00… qui me fait me coucher… pour me réveiller définitivement à 3 h 00.
Nuit télé + 2 petits déjeuner + soleil = une forme d’enfer que vient amplifier une belle balade au pied du Puy de Dôme.
Les projets fourmillent dans ma tête, je suis prêt à manger du lion. Un feu de paille encore une fois ?
En tout cas je surfe sur la forme pour faire des courses et préparer mon sac pour une micro explo… 2 nuits au fond des bois dans une cabane sans eau ni électricité. Un test avant un test peut-être plus long l’hiver prochain.
Me voilà en route pour ma fuste, 16 mètres carrés sans confort… mais avec beaucoup de nourriture. Je suis autonome en eau et en victuailles pour les 3 jours que je vais passer sur place.
Ce n’est pas grand mais assez confortable… je me débats avec le poêle qui peine à monter en chauffe. Je fais de la buée dans le petit chalet… il ne fait pas chaud chaud. Autour de mon repère, la neige tient encore ce qui apporte à ce lieu la touche de magie que je suis venu chercher.
Il faut trouver ses marques dans cette minuscule cellule. Au menu de ce soir, raclette sur le poêle. Top !
28 mars… Courir de plaisir
6 h 30, je suis en forme et le soleil brille. La journée idéale pour mon premier grand tour du Puy de Dôme depuis bien longtemps.
Je commence la montée au col de Ceyssat en marchant. Puis je me mets à trottiner et la magie opère. Depuis bien longtemps je n’avais ressenti de plaisir. C’est une vraie renaissance de très bonne augure… surtout pour mon projet Le Puy St Jacques en courant.
Emporté par l’élan je cours tout ce qui est plat ou qui descend… jusqu’à une longue montée qui me sert traditionnellement de test de forme. Je ne fais qu’une bouchée de cette butte et je poursuis en courant jusqu’à la dernière longue ligne droite. Une légère douleur sur le haut des cuisse et je mets pied à terre. Inutile de me blesser. Je n’ai plus rien à me prouver aujourd’hui. C’est magique !
Je consacre le reste de la journée à la récupération. Belle journée !
13 avril… Un gros coup de moins bien
Décidément chaque jour apporte son lot de surprise. Après deux grosses journée, je me réveille ce matin avec un moral au plus bas. Moral ou énergie ? Sans doute un Combo des deux. J’ai envie de passer ma journée au lit. Le ciel est gris et déjà des gouttes fouettent les bais vitrées. Je profite d’un coin de ciel bleu pour me faire violence et aller faire un tour de ville. Une heure pour me donner bonne conscience… mais le moral ne décolle pas… et je me retrouve dans le rayon bonbon du supermarché. J’ai repiqué.
23 avril… La remise en forme se confirme
Est-ce le début du renouveau ? J’ai déjà connu tellement de hauts et de bas que je peine à croire que la dépression pourrait s’éloigner, laissant place à un anticyclone de bonheur.
Je démarre rapidement ma première activité de la journée… la marche. J’enchaine sur la deuxième… l’écriture. Tout semble rodé dans cette vie voulue au ralenti. Je croise les doigts.
28, 29, 30 avril… Des jours sans fin
Je ne peux pas dire que je vais mal, je ne peux pas dire que je vais bien. Juste une absence de plaisir et d’envie qui rend pesant chaque journée.
Comme d’habitude, je me force à marcher sans plaisir ni déplaisir… je fais mon boulot, ma prescription médicale… marcher le plus possible, sortir dès que possible. Je suis parfois poussé par mon épouse qui veille au grain. J’ai hâte que ça se termine, j’aimerai tourner cette page, persuadé que St Jacques en courant ou plutôt en trottinant pourrait y contribuer, même si encore à ce jour c’est une utopie. Après deux heures de marche, je rentre fatigué. Il me faut généralement deux à trois heures… parfois plus avant de retrouver une once d’énergie. Cette maladie est diabolique, diaboliquement épuisante, aussi bien nerveusement que physiquement.
15 mai… Le bout du tunnel ?!
Un plaisir de marcher et trottiner trois jours de suite, cela fait bien longtemps que je n’ai pas ressenti ça.
Même si je ne suis pas dans la meilleure forme physique et cognitive, me voilà dans les starting blocks pour un beau Saint Jacques en trottinant. 1500 KM en 40 jours… Un beau programme en perspective.
C’est parti !
Ces 9 mois ont fait changer mon regard sur la maladie. Rétif à l’idée de prendre des nouvelles, je sais qu’en général cette attention fait plaisir. Au pire, la personne ne répondra pas mais saura que vous pensez à elle.
Ce chemin va encore être long, un an, deux peut-être, selon les personnes qui m’accompagnent. Un bon indicateur sera sans doute ma capacité à lire un livre, plaisir toujours impossible pour le moment...
Christophe