1 500 Km en 15 chapitres. Inoubliable randonnée du renouveau après Gibraltar Cap Nord.
Christophe
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1 C’est parti

C’est toujours étonnant un départ. Ils sont tous différents. Celui-là ne fait pas exception à la règle. Une vie « normale » jusqu’au dernier moment, un au revoir escamoté comme pour mieux promettre un retour.
Pour cette première aventure « du reste de ma vie », je fais le choix d’un Jubilé, d’un hommage au chemin qui m’a conduit au projet Gibraltar Cap Nord. Un hommage au 1300 km courus en 2012 du Puy-en-Velay jusqu’à St Jacques.
Je pourrais continuer à trouver des justifications pour donner un sens à ce nouveau départ. En fait, je fais ce choix car je ne suis pas encore complètement en état de m’inventer de nouveaux chemins de traverse.
J’ai réservé tous les hébergements pour deux raisons. Mes étapes feront 38 km en moyenne… et puis surtout, ces réservations m’aideront, chaque matin, à me plonger dans le jour suivant.
4 h 30, je suis réveillé. Mon corps est en tension, mes cuisses se crispent mais j’ai l’impression quelque chose sue je connais bien… le stress du départ. La mise en route du corps. Vous me direz… la nuance semble infime. Même réveil au milieu de la nuit, même crispation dans les cuisses… et pourtant ce n’est pas pareil, c’est plus joyeux.
6 h 30, je me hâte vers la Cathédrale du Puy-en-Velay. Ça monte fort. Un avant-goût…

J’aime beaucoup la messe de 7 h 00. Que l’on soit croyant ou non je la recommande à tous. C’est un moment de communion qui nous fait entrer ensemble dans le chemin. Chacun avec son bagage, ses plaies et ses bosses ses demandes inavouables. Superstitieuse superstition
J’apprécie de partir avec la demande d’un pèlerin, soigneusement pliée en deux, secrète.
L’église est pleine, la messe est pliée en moins de 30 minutes et l’envoi est moins personnel cette fois. Si nombreux, il est impossible de se rassembler en cercle près de l’autel.
Une petite sœur fait ses statistiques, un bénévoles distribue des médailles et des chapelets à la volée.
Déjà la travée centrale s’ouvre pour laisser apparaître l’escalier qui nous mènera sur le chemin… nos premiers pas.

C’est parti !
Ah ben non… hier je n’ai pas résisté au conseil de mon hôte…
« Ben vous n’allez pas partir le ventre vide. Après la messe revenez prendre le petit déjeuner »
Excellente idée ! Me faire dévier du plan est bien nouveau pour moi… mais prendre le temps est une bonne résolution que je vais m’efforcer à tenir.
Et si ça marquait le début d’une nouvelle manière de cheminer ?
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2 Belles rencontres entre le Puy et Conques
Dès la sortie du Puy-en-Velay, après l’interminable première côte, je démarre en petites foulées afin que mon corps mémorise le rythme.

Me voilà bien vite attablé devant une super salade tomate mozza à Montbonnet. L’arrivée n’est plus qu’à quelques kilomètres, le soleil brille, le ciel est bleu… Le bonheur !
Arrivent 2 pèlerins lourdement chargés. L’un vient de Gap… l’autre de Munich. Nous devisons de table en table. Nous nous demandons, d’où nous venons, où nous allons… pas beaucoup plus… c’est ça la pudeur du marcheur, « la pluie et le beau temps du chemin ». À ce stade pas de prénom, pas de pourquoi… ce sont des questions de 2 ème et 3 ème rencontre.
De Monistrol à St Alban sur Limagnole… Grosse journée en perspective… entre 46 et 50 kilomètres selon les options.
A 6 heures il fait jour et me voilà dévalant de bonheur vers Monistrol d’Allier.
À la chapelle Sainte Madeleine, je fais la connaissance d’une jeune femme, qui habite Clermont-Ferrand comme moi, dans le même quartier. Les hasards du chemin.

Elle n’a jamais marché mais est partie pour la semaine, sur un coup de tête.
Cette montée redoutée par nombre de pèlerins, la terrifie. Est-ce son stress qui la fait me parler jusqu’à perdre haleine, est-ce la peur de ne pas y arriver ?
Tout y passe, le contenu de son sac de 7 kg qu’elle trouve trop lourd, son régime alimentaire trop souvent déséquilibré qu’elle essaie de ré équilibrer durant cette semaine, ses prochaines étapes, son projet de manger moins sucré… un pont entre nous.
J’écoute en silence, trop content de ne pas me mettre dans le rouge. Je relance la conversation au juste nécessaire pour préserver ma respiration. Je partage mes expériences sur le chemin de St Jacques et ailleurs. Je lui raconte que je marche pour beaucoup de personnes qui ne se déplacent plus trop. Je suis leurs jambes et leurs yeux… comme ils disent.
« Et bien tu auras une fan de plus, une jeune ! »
Je voie ses yeux s’éclairer. J’ai, sans le savoir, allumé une mèche, inspiré. Elle se projette sur la suite du chemin l’an prochain… « au moins 1 mois, j’aimerais bien! «
Bientôt nous apercevons les premiers toits du hameau qui marquent le terme de la montée. La jeune femme est la première surprise.
« Ça c’est fou. Tu es arrivé sur ma route juste quand j’en avais besoin ! »
Je souhaite un bon chemin à… Angelina et je reprends en petites foulées. Il me reste plus de 30 km.
C’est un brin fatigué que j’accoste à Saint Alban sur Limagnole.
Repas pèlerin très sympa au restau du « Gîte de la butte aux oiseaux ». J’adore ces longues tablées d’inconnus à découvrir. Je retrouve mon voisin de tablée de Montbonnet. Il est bluffé.
« Comment es-tu déjà là ? Sans être fatigué en plus ».
Il minimise son effort, oubliant que lui aussi est là… et que son sac pèse 4 fois le poids du mien. Je me lie d’amitié avec celui qui s’appelle désormais Martial, un médecin qui vient de prendre sa retraite à 69 ans… et fait une coupure pour mieux ouvrir ce dernier livre de la vie.
À côté de nous, un Breton qui habite au Québec depuis 25 ans. En face, un couple de Suisse Allemand au français parfait.
Une fois de plus la discussion est vite intime… avec ces pèlerins que je ne reverrai pas. Quoique…
Ce matin au petit déjeuner, je suis rejoint par une jeune femme et son jeune enfant. Elle est belle… comme le jour qui se lève… encore plus belle que le jour. Des jambes infinies et sculptées jaillissent de son mini short et trahissent son gout immodéré pour la course à pied longue distance. Elle découvre mes Asics Trabuco posées sur l’étagère à l’entrée puis ma tenue… collant de course et sac mini.
« Vous êtes un trailer ? »
La discussion est toute trouvée. Nous parlons de nos chemins, chemins de vies et chemins de poussière. Je me surprends à parler de St Jacques comme de ma colonne vertébrale.
Puis vient le tour du voyage Gibraltar Cap Nord, de mes autres envies… le Cap Nord à ski…
« En fait, vous êtes un explorateur ?! »
« Oh, non. Un marcheur tout au plus, un caboteur du connu ».
Depuis le début du petit déjeuner, l’enfant a le nez dans sa tasse de chocolat. Un regard fuyant, même avec sa mère, qui pourtant tente de capter son attention par tous les moyens.
Elle demande à son fils…
« Toi aussi tu voudrais devenir explorateur ? »
« Mais tu en est déjà un, en explorant le chemin entre le Puy et Aumont-Aubrac » dis-je.
En un éclair, il se retourne vers moi, une lumière s’allume dans ses yeux.
« Ah ouais ! »
Le début d’une vocation ?
Remonte en moi la plus belle rencontre épistolaire de Gibraltar Cap Nord.
L’an dernier, j’ai partagé mon voyage avec la classe de Claire, professeure des écoles de Haute Normandie. Génial partage durant tout un trimestre… dessins, vidéos, visio…
Et en novembre, 6 mois après l’arrêt de nos échanges, Claire me fait passer une touchante lettre…

Merci Baptiste, merci mon petit bonhomme… vous m’aidez à avancer.
Je me lève pour me préparer. Mon hôte sort de sa poche, une pièce de 2 euros. Il la pose sur la table du petit déjeuner aussi discrètement que le ferait un grand-père qui glisserait une pièce à son petit-fils. Il me demande de prier pour lui à Saint Jacques.
Cette scène fait remonter en moi le souvenir de ce vieil homme buriné portant béret et veste de bleu de chauffe hors d’âge, croisé sur le bord d’un chemin, il y a 15 ans. Son souvenir est gravé dans ma mémoire.
Après avoir déposé 2 noix dans ma main, il la referme délicatement comme on le ferait d’un tabernacle.
« Priez pour moi à Saint Jacques »
Promesse tenue et les 2 noix sont encore aujourd’hui sur ma table de nuit.

10 km avant Nasbinals, Martial est dans mon viseur.
« Ça va ? »
« Ben non… je suis parti à 6 heures, toi à 8 heures et tu me doubles ».
La vie n’est pas une course, mais je lui promets une bière à l’arrivée.
Il arrive épuisé, titubant presque.
Après la bière, je lui propose de l’héberger dans mon gîte et lui faire à manger ce soir, mais il décline poliment. Il voudrait camper pour faire sécher sa tente, pliée humide il y a 2 jours.
Je reconnais bien là un besoin de solitude, le sens de sa coupure. Bon chemin Martial !
C’était trop beau !
En ce 4 ème jour je peine à sortir du lit mais je sais que les plateaux de l’Aubrac, au petit matin sont toujours un ravissement pour les yeux les oreilles… tous les sens en fait.
Je suis seul en chemin ce matin.
Ce sac de 3 kg est l’aboutissement d’années de pratique de la marche et de la course longue distance, de quoi faire baisser les peurs… et le surpoids qui va avec.

Les oiseaux gazouillent, trop contents de goûter à l’air frais délicieux et protégés par ciel d’un camaïeu de gris parfait qui laisse passer quelques traces d’un bleu profond, toile magnifique.

J’aime partir dans la fraîcheur du matin accompagné par le concert des oiseaux qui apprécient cette agréable douceur qui disparaît à mesure que le soleil monte et frappe tout.
En l’espace d’un instant, à la faveur d’un changement de versant on passe de la douce odeur de l’herbe fraîche à la fragrance plus musquée des pins.
Les grillons prennent le relais. Peut-être les cigales dans quelques jours, plus au sud.
Le bonheur !
Sur ce terrain que je parcours, un peu à marche forcée, très vite je suis à Aubrac

Puis à Estaing

Je termine cette semaine un peu à l’agonie, ne profitant ni des Vêpres, ni du spectacle d’animation du tympan.

… et les petits curieux

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3 Une soirée agitée au gîte !
Je quitte Conques, d’un pas lent, loin du déraisonnable rythme de la première semaine qui m’a coûté, en partie, l’intérêt de l’étape de Conques :
Les Vêpres… arrivé trop tard ;
Le tympan polychrome éclairé et teinté… couché trop tôt.
En cette deuxième semaine, je veux ralentir, consolider un corps qui crie pitié.


La longue montée vers la chapelle St Roch m’en donne l’occasion. Il fait déjà chaud et après avoir sacrifié à la tradition de sonner la cloche, je poursuis la montée en silence, dans mes pensées.
J’opte ensuite pour le GR6, un cousin du Chemin de St Jacques GR65, mais en beaucoup plus sauvage et beaucoup moins fréquenté.

Je vis une journée de retraite en silence, supplicié par un soleil qui brûle et assèche.
J’arrive au Gîte vers 16 h 00. Un groupe de femmes se repose en silence dans la salle commune.
Je fais de même en attendant que Damien, mon hôte, m’indique ma chambre.
A l’apéro, les langues se délient…
« Ah tu lis Laurent Gounelle, j’ai lu tous ses livres, j’adooore ! Il me fait du bien à l’âme ».
« Ah oui, moi c’est pareil ! »
En voilà deux qui vont vite être copines…

Tout en servant le verre de l’amitié, Damien, nous fait une cours de Plan Local d’Urbanisme en évoquant ses problèmes pour faire accepter ses yourtes… qui ne sont pas « typique de l’habitat Lotois ». Il nous explique aussi sa vocation d’hôte… post Covid.
« Pendant 25 ans je n’ai fait que travailler… et là tu te retrouves trois semaines chez toi… et tu relativises, tu revisites tes priorités »
Puis, dans une forme de chaos cacophonique, nous prenons place pour le repas.
Personne ne s’écoute vraiment où plutôt chacun essaye de suivre plusieurs conversations à la fois. C’est la joie des longues tablées, un peu comme dans un « téléphone arabe », on capte des bribes de conversations que l’on interprète… et on répond à côté.
Mes voisines de proximité sont trois copines qui après avoir fait les premiers pas sur le chemin avec une association, un rien psychologisante, ont décidé de s’affranchir de leur « gourou ». Elles poursuivent le chemin… seules.
J’avais vu un reportage sur cette association, qui semblait apprendre à mettre un pied devant l’autre, avec une mise en scène digne de la séquence de Benoît Poelvoorde dans le film « Les randonneurs »… quand il explique comment poser le pied par terre et recommencer. (lien YouTube en bas de l’article… pour ceux qui veulent passer un bon moment)
3 ans après, l’une des copines à encore tellement à exorciser de cette expérience, qu’elle me raconte en détail les séances « psy » réalisées par un militaire en reconversion…
Marie, la soixantaine séduisante et sémillante, avec des grandes lunettes à large monture façon chouette, et un décolleté plongeant impeccable, sorti de sa valise de 11 kg qui la suit sur le chemin… rentre dans tous les détails.
« Le soir, une hypnotiseuse était embauchée… et les participantes finissaient la soirée en pleurs. Moi je n’y allais pas… j’ai pas de problème ».
Pour Marie, le point d’orgue… ou plutôt le point de rupture a été le débrief de fin de stage. Alors qu’elle avait programmé de passer sa soirée dans un bar pour regarder la finale de foot et boire des bières… elle a dû revoir ses plans. En bonne soldate, elle est restée, 2 heures durant, à écouter toutes les stagiaires. Assises sur les lits du dortoir, chacune a pu exprimer ses dernières émotions… et verser sa larme… que dis-je, ses sceaux de larmes.
Marie, a reçu « toutes ces émotions négatives » en pleine figure.
« J’allais bien avant de me prendre tout ça… et de comprendre que je n’avais pas de problème ».
Au petit matin, c’est une tout autre ambiance. Pour certains, le « tu » du soir à disparu au profit du « vous ». L’aréopage, dans un silence poli, prend des forces avant le départ. La magie du chemin s’est dissoute dans les brumes de l’alcool de la veille.
Pour ma part, après un dernier merci à mon hôte, c’est parti pour 45 km direction Cajarc par la vallée du Lot, un « chemin de traverse » que je dévore en petites foulées vivifiantes.

Lien YouTube : Extrait les randonneurs…
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4 Je me suis perdu

Cette semaine, je me suis perdu. Égaré ou perdu ? Quel est le mot juste ?
Perdu signifierait que je ne sais pas où je vais…
J’ai simplement voulu tracer mon chemin, le long du Lot jusqu’à Cajarc, puis en évitant Cahors… en esquivant la montée à Lauzerte…
Je me suis doublement Égaré. Je me suis isolé, recroquevillé. Mes yeux se sont fermés aux rencontres, mes oreilles ont boudé la litanie des histoires du chemin.

Je me suis égaré… mais je me suis retrouvé. Ce cheminement, seul, hors GR, en silence à eu des vertus insoupçonnées.
A-t-on besoin de tous marcher à la queue leu leu sur des voies tracées. À quoi servent ces voies qui canalisent notre mouvement ?
À faciliter les rencontres, chemin de convergence ? À aider ceux qui doutent de leurs capacités ?
Possible, mais elles peuvent nous emprisonner dans une unique façon d’avancer, de voir la vie.
Ce nouveau pas de côté m’aide à mettre en perspective ce carcan social, sociologique dans lequel je baigne, teinté de morale, d’engagements et de contraintes.
Dans notre vie qu’elle balise, cette amicale et sourde pression du groupe, nous fait suivre d’une vie toute tracée… pour une même destination, en fin de compte.
Dans ce chemin de Compostelle, fabriqué et labelisé, peu de passages sont historiquement avérés.

Les pèlerins du moyen âge traçaient leur chemin en s’aidant des ponts, en s’abritant parfois dans des hostelleries… mais en cheminant ensuite, chacun selon sa volonté… ou son courage. Évitant, ça et là, brigands et pentes trop rudes.
Cette semaine, je me suis retrouvé, traçant ma vie tous les matins.
Ultreia !
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5 Comme un élastique trop tendu…

Depuis Moissac, je marche depuis 2 heures le long du canal latéral à la Garonne, content de cette « journée de repos » de 18 km seulement qui doit me conduire à Auvilar… quand je reçois une nouvelle familiale qui me propulse, toute affaire cessante, à Clermont-Ferrand… puis vers Porto.
5 jours et 3 000 km de voiture plus tard me voilà de nouveau en chemin, un peu plus loin.
Troublant voyage vers Porto à 120 km/h, longeant je chemin que je m’apprête à emprunter à 5 km/h.

… Puis repartant, tel un élastique trop tendu… vers le point de départ… Clermont-Ferrand.
Contre choc culturel violent, que j’aspire à gommer par un retour aux doux gazouillis des oiseaux.
Au pied du Bla bla bus qui m’a amené à Pau, je redémarre et très vite je me perds dans les hautes herbes des chemins qui longent le Gave de Pau. Je dois un temps retourner sur mes pas. Ça ne passe plus, le niveau de l’eau est trop haut.

Je termine harassé à Arthez de Béarn et magnifiquement accueilli par Nathalie et Andreas au gîte Colibri.

Arthez de Béarn que j’avais quitté il y a 10 ans, grouillant de monde qui se pressaient dans les nombreux commerces florissants, n’est plus que l’ombre de lui même. Beaucoup de rideaux sont tirés. Ville morte, agonisante. Tuée par qui ? L’essor de la vente à distance ? L’arrivée à la retraite de familles dont les enfants ont refusé de prendre la suite ?
Ce matin, un bonheur m’envahit. J’ai retrouvé le chemin. Chaque départ est le début d’une nouvelle vie. J’en aurai vécu des vies !
De nouveau plus ouvert, je me surprends à échanger avec tous les pèlerins. Je prends plaisir à ce contact-là.
… Deborah, une jeune Française, partie pour un mois… sans itinéraire fixé ;
…. 2 couples qui marchent une semaine jusqu’à St Jean Pied de Port ;
… Un frère et sa sœur qui cheminement avec leur tante.
Je les retrouve dans endroit que certains trouveraient un peu « folklorique ».
Jeff, le patron, ongles vernis noirs écaillés, nous reçoit, en jupe arc en ciel. Son débardeur noir laisse apparaître une magnifique sirène sur le biceps.
Son gîte/bar/snack est un vaste foutoire. La vaisselle des services précédents trône sur toutes les tables. Heureusement il fait beau. Nous déjeunons dehors.

Ici, la couleur est affichée, il faut voter Mélanchon. La révolution est pour bientôt… poing levé !
Passé cette étonnante entrée en matière, nous faisons la connaissance d’un homme qui met un point d’honneur à accueillir chacun comme une personne et non comme un client. Il se bat avec ses collègues pour qu’ils gardent, eux aussi, une place pour le pèlerin qui arrive tard, sans avoir réservé. Un cohérence à toute épreuve !
Belle pause déjeuner… merci !

Nota : Citation des établissements non sponsorisée.
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6 L’oasis

Peu après la stèle de Gibraltar, j’emprunte une longue dalle de roche qui monte très fort et me dépose à la chapelle de Soyarza.

J’aperçois devant moi un chapelet de pèlerins qui s’arrête sous des platanes face à une vue imprenable sur les contreforts Pyrénéens.

Un point d’eau, de l’ombre, une chapelle, une belle vue, le Combo parfait pour que se créer, comme par magie, une « place de village » du chemin. Nous sommes une dizaine de tous âges et de nombreux pays.

Je retrouve Deborah qui s’est fait une copine. Je soigne un Hollandais qui a un problème de tendon releveur. Un couple d’allemands se joint à nous. Des Anglais sont déjà là. C’est un peu le souffle de l’esprit de la Pentecôte. Chacun parle dans sa langue, teinté de quelques mots d’anglais… et tous se comprennent. Je pose une question à l’un… et plusieurs répondent en polyphonie Européenne. Moment suspendu. On sent que personne ne veut le briser cet Erasmus intergénérationnel où tous apprennent un peu des autres et beaucoup de soi. Tous restent… malgré les kilomètres qui nous attendent encore.
Vraiment, il faut que je m’adapte au rythme des autres marcheurs. C’est la seule condition pour pouvoir se parler, s’enrichir.
C’est sur ces « places de village » que s’échangent les informations du chemin, les nouvelles de ceux qui traînent, les bons plans pour les gîtes…
Assis à l’ombre, conversant depuis plus d’une heure, je dois me faire violence pour reprendre le chemin, me relancer sous le soleil qui est déjà bien haut.
Ultreia… comme on dit chez nous.
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7 Les marchands du temple
15 h 00, je passe la porte de St Jacques qui donne accès à la vieille ville de St Jean-Pied-de- Port… et l’ambiance change en un instant.
Me voilà propulsé dans le Main Street d’un Disneyland… Caminesque.
Rue étroite pavée d’ocre, bordée d’un habitat typique basque. Dans ce paysage de carte postale, chaque maison est un gîte et, dans cette jungle implacable, chaque hôte cherche à se démarquer par une citation « inspirante ».


Entre les gîtes, se répandent… boutiques souvenirs et autres magasins pour équiper les retardataires, les étourdis ou ceux qui seraient partis sur les chemins de St Jacques en tong.

« Ça arrive ! » dit la vendeuses à des chalands à qui elle tente de vendre des bâtons de marche.
« Ça monte beaucoup, dès demain, vous savez… ». Jouer sur la peur est un argument commercial imparable.

Devant l’office des pèlerins une longue queue s’étire. Surtout ne pas oublier de se faire compter… et tamponner sa crédanciale.
Sur le trottoir d’en face, un amas de pèlerins git à même le pavé. Sur le visage de certains, on perçoit la délivrance, la joie du chemin accompli. On se congratule, on est triste de quitter ses meilleurs amis pour la vie.
Sur le visage de ceux qui restent… affleure une pointe de satisfaction d’être arrivé jusque-là et un soupçon d’inquiétude face aux redoutés 1300 mètres de dénivelé de l’étape du passage en Espagne à Roncevaux.
Un groupe remonte la rue, ceux-là font partie d’une autre caste, « les bleus ». Ils commencent demain.
Sacs sur le dos et valise à roulettes à la main ils s’empressent, eux aussi, de se faire recenser, officialiser le départ de l’épreuve d’une vie…
Leurs tenues sont bien repassées, ils sentent encore bon et ont le regard hagard de ceux qui ont besoin de trouver leurs marques.
Allez, c’est parti ou reparti… Ultreia !

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8 Comme dans un rêve
Ce parcours, le Camino Frances, a été pendant dix ans mon mètre étalon. Chaque année début mai, il m’indiquait mon état de forme du moment. Tous les ans j’augmentais la moyenne journalière jusqu’à plus de 65 km. Un de mes meilleurs souvenirs du chemin c’est d’avoir pu courir les 120 derniers kilomètres avant Saint-Jacques, dans la journée. Une épopée mémorable.
Chaque année, partant de Saint-Jean-Pied-de-Port, épuisé par la charge professionnelle, j’arrivais à Saint-Jacques, léger, d’attaque, pour reprendre le boulot après 750 km en 13 à 14 jours de course.

Force est de constater que l’étalon n’est plus le maître sur le chemin. Cette année, je peine à boucler des étapes de 40 km que j’ai volontairement diminuées pour faire écho à un moi… diminué.

Après Alto del Perdón et ses petits personnages de métal, je poursuis le chemin, l’esprit embrumé par une pointe de nostalgie,

quand soudain, comme dans un rêve, je reconnais le bruit caractéristique d’une foulée légère qui se rapproche et me double.
D’un minuscule sac à dos sortent 2 tongs. Assurément cette jeune femme n’est pas du coin. En haut de la côte je la rattrape et nous faisons connaissance.

Maddy, jeune Australienne de moins de 30 ans est un peu mon double du chemin… enfin, mon demi si on considère l’âge 🤣.
Simplicité et abord facile la caractérise… elle irradie de plaisir de courir « aussi facile » et est contente d’échanger avec quelqu’un qui court et qui connaît le parcours qu’elle entreprend. Sûre d’elle et de ses performances elle n’a pourtant pas besoin de conseils.
Des avertissements peut-être ? Partie depuis 2 jours de Saint-Jean-Pied-de-Port, elle fait déjà une allergie au soleil. Je sais que les Australiens ont l’habitude du soleil qui cogne fort… mais il faut qu’elle se protège.
Nous parlons précautions, pour prévenir les blessures qui arrivent forcément au fil des kilomètres. Mollets, cuisses, tendons releveurs, tout y passe et j’avoue que je n’ai jamais eu l’occasion d’un telle communion sportive… la nostalgie en plus. Savoir que ce Saint-Jacques en trottinant est peut-être pour moi le dernier, me remplit d’une émotion que peine à masquer le fait que je me réjouis du bonheur de Maddy.
Je la laisse à l’entrée de Puenta la Reina. Elle doit trouver un logement, j’ai le mien. Demain nous devrions parcourir la même étape… 44 km jusqu’à Los Arcos. Mais il vaudrait peut-être mieux que l’on ne se recroise pas. Autant j’ai eu plaisir à tenir le rythme sur les 7 derniers kilomètres de l’étape… autant je ne ferai pas illusion longtemps sur une étape complète.
Buen Camino !

Épilogue ?
Ce matin, Peu avant le village de Cirauqui, j’entends un « Christophe ! » Bien fort avec un pointe d’accent que je reconnais. C’est Maddy !
Je suis devant ! Bon j’avoue que j’ai un peu rusé, je suis parti très tôt ce matin. Nous marchons un moment ensemble, puis en haut de la côte, nos chemins se séparent.
Elle me « dépose » littéralement sur place en mode « Ligue des champions ».
Je continue mon chemin à allure « division d’honneur ».
Buen camino ! Pour de bon !?
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9 Une rencontre à hauteur d’Homme
Rémi me fait un article de journal.
Deux amis journalistes partis de Lyon pour marcher vers Saint Jacques, décrivent un chemin qui n’est pas celui que je vis, chaque année, depuis plus de 15 ans.
Pour eux l’esprit chrétien a disparu et « les riches du 20 ème siècle ont remplacé les pauvres du moyen âge ». Les pèlerins sont devenus des touristes surnuméraires et des hébergeurs abusent en pratiquant des prix qu’ils jugent disproportionnés. Les auteurs parlent d’un hébergeur qui leur aurait dit que de jeunes diplômés d’HEC feraient dormir des pélerins sur des paillasses à un prix déraisonnable… à toute fin de les habituer aux auberges espagnoles.
Ils évoquent des pèlerins qui sont tués par le « cagnard » de la Mezzetta… sans donner de statistiques et ceux qui vivent en « all inclusive » avec des valises à roulettes qui suivent à chaque étape.
Ce dernier point, souvent abordé par les pèlerins et les hébergeurs m’interroge aussi… Et si ces valises étaient les malles d’antan qui rendaient les voyages possibles et revenaient de tours du monde bardées d’étiquettes de destinations qui font rêver ?
Et si chacun faisait le chemin qu’il veut, le chemin qu’il peut avec ses peurs du moment ?

Remonte en moi l’image de ce monsieur âgé, rencontré au départ de Sarria, 100 km avant St Jacques. Il se se déplaçait avec difficulté, ses pieds raclaient le sol comme peuvent le faire les personnes atteintes de la maladie de Parkinson. Son bout de chemin serait-il sans valeur ?

Remonte en moi aussi cette rencontre marquante, le long du canal de Castille, avec une femme atteinte de sclérose en plaque, qui avançait à moins de 2 km/h. Elle portait, dans un minuscule sac à dos, une gourde un sandwich et un coupe-vent. Ces jambes tricotaient. Inquiet, je m’arrête à sa hauteur pour lui demander si elle a besoin d’aide. Elle m’accueille avec un grand sourire.
« Tout va bien, merci ! Je vais aller à Saint Jacques sur mes 2 jambes et mes 2 bâtons… à mon rythme ».
Enfin, le mois dernier, une collègue, pétrifiée par la première marche longue distance de sa vie, 6 jours entre Le Puy-en-Velay et Nasbinals est partie avec une grosse valise, le poids de sa peur.
« C’est fini, c’était super mais j’ai vraiment souffert les 3 premiers jours. On repart l’année prochaine pour le suite ! »
Le sourire sur les photos montre la confiance gagnée. J’imagine que sa valise sera plus légère l’année prochaine… et peut-être qu’un jour, il n’y aura plus de valise, comme on enlève les roulettes sur son premier vélo.
Bref, même si certains commerçants sur le chemin ont plus le sens de l’accueil que d’autres, et que des comportements, comme partout, pourraient être discutés, il me semble que l’essentiel est ailleurs.
Hier, je m’apprêtais à dîner seul quand Ernst, un allemand de 79 ans me demande s’il peut s’installer à ma table.
« Vous avez une bonne tête, je suis sûr que l’on va passer un bon moment » me dit-il.
Rires de sa fille Christina qui l’accompagne et qui semble cliente de la faconde paternelle. Moment de partage aussi fort que fugace. Ils marchent 15 km par jour. Nous ne nous reverrons pas.
Durant le repas, une phrase de ce natif de l’Allemagne de l’immédiat après-guerre résonne avec ma lecture de l’article du magazine.
« Ce que je trouve important sur ce chemin, c’est que des personnes de nombreux pays se parlent » dit-il.
Double résonance avec l’actualité politique mondiale qui nous fait nous monter les uns contre en jouant sur nos peurs.
La Chine, notamment, que les médias nous présentent comme une et indivisible, défilant au pas en mode « pensée unique ». Ce n’est pas du tout ce que j’ai perçu de Maimai, jeune professeur d’Anglais Chinoise avec qui j’ai marché il y a 2 jours.
Maimai voyage seule. Elle est venue sur le chemin après avoir vu le film The way. Elle veut rencontrer LE MONDE, partager. Dans nos discussions, sa finesse, sa vivacité d’esprit et son ouverture m’ont fasciné… et sans doute modifié un peu ma perception sur les habitants de son pays.

Ce chemin est riche de paysages magnifiques, d’un patrimoine religieux unique. Mais pour moi, la plus grande richesse du chemin est ailleurs…

Et si le plus important dans ce chemin c’était la rencontre d’un autre qui n’appartient pas à « mon monde » ?
Et si ce lieu de rencontre, loin des siens, dépouillé de son costume de pouvoir, dépouillé des certitudes qu’amènent nos possessions permettait l’émergence de la fraternité.
Compostelle, un chemin de fraternité… avec les deux pieds qui touchent bien par terre.
Et si cette fraternité était le chemin le plus court vers Dieu ?
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10 Bien avant l’aube

Bien avant l’aube, je suis parti bien, avant l’aube.
Un quartier de lune saupoudre le chemin d’une douce lueur, voile protecteur de la nuit.
Le métronome de mon pas rassure mon esprit qui s’envole pour un instant de liberté.
Un papillon blanc m’accompagne un instant, puis reprend le cours de sa vie.
Bien avant l’aube, le silence autorise le repos de l’âme.
Repos qui file déjà. Les idées fusent, le tournis me reprend. Les oiseaux prennent part à ma conversation intérieure leur gazouillis peine à couvrir le ricanement des batraciens.
Mes yeux s’ouvrent à la lueur naissante.
Au loin, le vacarme industriel met un terme à cette parenthèse naturelle. le jour est là !

Demain je partirai bien avant l’aube. Bien, avant l’aube, à la recherche de cet instant fugace, semblable à l’étale entre deux marées.
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11 Dans mon sac il y a…

Mais c’est tout ce que tu as dans ton sac ? … est la question qui revient le plus souvent quand mes collègues du chemin aperçoivent mon petit sac.
Découvrons le… et je vous donne quelques astuces ensuite.
En haut à gauche, le sac Camelpak 25 litres pèse 500 gr. Ensuite une veste de pluie Zpacks en Dyneema pèse 150 gr. Sur cette veste on peut voir des sachets de congélation et des élastiques à cheveux. Ils servent à protéger mes chaussures en cas de pluie. Ensuite on trouve un polo manche longue synthétique en cas de froid le soir.
Sur la 2 ème ligne… un masque de nuitée une gourde, une frontale, un pantalon Décathlon pour le soir (qui peut faire short) et un polo mérinos pour le soir.
Sur la ligne du dessous un sac à viande en soie…qui peut aussi servir de serviette de toilette, trois paires de chaussettes (je pars pour 1 600 km…et ça s’use assez vite), deux slips de course en mérinos.
Sur la dernière ligne, ma trousse de toilette, une trousse à pharmacie, les chargeurs de téléphone et frontale…et un caleçon en mérinos pour le soir.
A droite ma tenue de marche/course avec une casquette Saharienne, un T shirt en mérinos un collant de course à pied, des chaussettes… et des chaussures.
Bref… je pense avoir encore un peu trop de poids, au moins 500 gr, mes peurs du moment… mais blague à part, c’est pas mal. Il est très difficile de courir avec plus de poids, donc on en vient aux astuces.
Marcher avec un poids plume est un pure rêve. En dessous de 4 kg, un sac ne se sent pas… et quand on dort dans des gîtes, on n’a vraiment pas besoin de plus.
Astuce N°1 : Partir avec le sac le plus petit possible. La nature a horreur du vide… et notre cerveau a des goûts de luxe qu’il fait passer pour de la sécurité.
Astuce N°2 : Laver ses affaires de marche… tous les jours. Parfois, le mauvais temps fait que ce n’est pas tout à fait sec le lendemain. Pas grave, la redondance des vêtements sert à ça. Ce sera sec le surlendemain.
Astuce N° 3 : La superposition des couches. À l’automne ou l’hiver il peut faire froid. Pas de panique, il suffit de superposer tout le contenu du sac. Ex : tenue du jour puis par-dessus la tenue du soir puis par-dessus la veste de pluie. En clair… inutile de partir avec une polaire ou une doudoune en plume.
Astuce N°4 : En cas de doute, je m’abstiens… d’emporter quelque chose que je peux facilement acheter en chemin.
Astuce N° 5 : je n’emporte pas ce que je n’ai pas envie de porter sur la distance de mon trek… Ex, le gros appareil photo, si je ne suis pas un pro… le smartphone fait des merveilles… même en agrandissement pour des expos, croyez-moi !
Astuce N° 6 : … dépend beaucoup de son budget. 1 gr gagné, coûte 1 euro ! supplémentaire dépensé… à qualité équivalente. A vous de voir avec votre budget et votre forme physique… Des équipements Décathlon fonctionnent très bien pour un prix très compétitif. Mais c’est vrai que mon sac Zpacks de 65 litres est plus léger que mon sac de 25 litres Camelpack… mais pas pour le portefeuille. Il y a un rapport de 1 à 6 entre les 2. C’est un choix. 1 gr gagné coûte 1 euro !
Astuce N° 7: Pourquoi porter des cartes, des guides qui peuvent vite peser 1 kg… alors que tout peut se trouver dans votre smartphone… même hors ligne. Bien évidemment, ne négligez pas la sécurité. Durant le voyage Gibraltar Cap Nord, un GPS Garmin a été la redondance sécurité de mon smartphone. J’avoue que sur le chemin de St Jacques, balisé et fréquenté, le besoin n’est pas le même.
Astuce N° 8 : 1 sac poubelle de 120 litres qui pèse 5 gr… à la place d’un poncho de 400 gr. 1 trou pour la tête. Le sac poubelle a l’avantage de couvrir le sac à dos. Attention à bien le retourner car les sacs poubelles sont enduits de produits chimiques… et faire un trou pour la tête, le plus petit possible… et pas de trou pour les bras. Je ne l’utilise quasiment jamais.
Astuce N° 9 : Pour les gourdes, je prends 2 petites bouteilles d’eau de 50 cl en PET. Cela pèse moins de 5 gr chacune. Cela évite la poche à eau qui pèse 150 gr et qui donne un goût de plastique à l’eau. Oubliez les gourdes en inox… trop lourd. Et pour ceux qui me disent que ce n’est pas écologique, sachez que j’utilise les bouteilles d’eau 100 fois avant de les confier au recyclage.
Et vous… quelles sont vos astuces ?
Nota : Je ne suis pas sponsorisé, je paie tous mes équipements.
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12 Camino alternativo, mes chemins de traverse

Cette année, n’ayant pas la forme physique suffisante pour courir autant que je le souhaiterais, j’ai saisi l’opportunité de découvrir tous les chemins alternatifs, « camino alternativo », ceux que j’ai délaissés pendant des années… restant « dans les clous », avec la meute, taillant toujours au plus court… alors que la différence n’est en général que de de 10 à 15 minutes sur une étape de 7 à 8 heures.
À la sortie de Sahagún, une pélerine, marchant d’un pas rapide et saccadé me talonne et me dépasse au moment où je m’apprête à emprunter un de ces chemins de traverse.
Elle, rivée sur les flèches jaunes, lève soudain la tête et me lance un « CAMINO » en me montrant, avec le bras, la direction qu’elle prend. Je réponds ALTERNATIVO en montrant la direction que je m’apprête à prendre. Elle hausse alors les épaules comme pour me dire qu’elle ne peut plus rien pour moi.
Cette aimable attention de sa part me rappelle une autre pélerine, quelques années auparavant, qui avait lâché son sac pour courir à perdre haleine afin de nous prévenir, ma famille et moi, que nous nous trompions de chemin… alors que je nous prévoyais un itinéraire alternatif au milieu des champs, loin de la nationale. Ce jour-là, pour ne pas ajouter plus d’incompréhension, nous avions fait demi-tour pour rejoindre la meute.
Est-ce une aimable attention ou la volonté de ne pas laisser s’égarer une personne sur un chemin qui pourrait être mieux que le sien ? Une volonté grégaire de préferer avoir tort à plusieurs ?
« Non les braves gens n’aiment pas que, l’on prenne une autre route qu’eux… » comme le chantait Georges Brassens.

Le chemin de traverse, l’alternativo est souvent plus beau. Mais prendre un autre chemin, un autre chemin de vie n’est pas toujours compris… même par son propre entourage. Une pointe d’envie ? Une forme de jalousie ? Une peur qui incite à la protection ? Je ne sais répondre.

Ce matin, une fois de plus, ce chemin de traverse est magnifique, calme et calmant.
Comment ai-je pu passer à côté de ces « alternativo », pendant toutes ces années ?
J’emprunte, à présent, un chemin qui apporte plus d’énergie qu’il m’en consomme.
« Non les braves gens n’aiment pas que… »
Allez, je vous laisse… je vais poursuivre mon chemin de « petit bonhomme » !
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13 Le menu du pèlerin

Aussi réputé et attendu que les flèches jaunes qui balisent le chemin, le menu du pèlerin est une institution sur le Camino Frances. Il a le goût rassurant des plats de maman.
D’un prix auparavant unique et modique de 12 euros, ce dernier a pris des ailes ce qui l’amène plus sûrement autour des 16 à 18 euros.
Pour ce prix, le menu du pèlerin offre une entrée, un plat, un dessert et de l’eau ou un verre de vin.
Le verre de vin a remplacé la bouteille de « vino de la casa » servi à discrétion, des années durant… et qui glissait dans le gosier, sans modération, dès lors que sa température était inférieure à 10 degrés.

Menu del dia ou menu du pèlerin, sur le long ruban que constitue le chemin, je ne connais pas un restaurant économique qui ne propose cet immuable menu.
Au choix, on retrouve invariablement…
Entrée :
Salade Mixte ; Pâtes sauce bolognaise ; Soupe…

Plat :
Œufs frites salade ; Travers de porc frites ; Poulet frites…

Dessert :
Yaourt ; Flan ; Riz au lait…

Quelques variantes régionales pointent le bout de leur nez dans la Rioja, en Castille y León ou en Galice.
Pour se démarquer certains proposent des bonus, comme le pain qui sinon est généralement facturé en supplément.
Le plus souvent, la qualité est au rendez-vous. Cette cuisine familiale sent bon l’excès d’huile que l’on tente vite d’oublier, persuadé que l’étape du lendemain effacera le petit bourrelet qui voudrait poindre.
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14 Mon sac est moins lourd que les peines que je porte
Depuis León, les rencontres se font plus rares…et pourtant je suis entouré, pour ne pas dire encerclé par des pèlerins toujours plus nombreux.
Des groupes de pèlerins maintenant formés et soudés qui n’acceptent plus « d’étrangers » ?
Une fatigue du corps et de l’esprit qui amène un repli sur moi ? Peut-être.
Dans la rencontre on est deux… et si l’un baisse la tête et lance un inaudible « ola ! », cela ne permet pas la création du premier lien, de la première discussion, le célèbre « where are you from ? », véritable porte d’entrée des discussions futures.
Depuis 2 jours j’ai tous les symptômes de l’arrêt des médicaments et j’avoue que j’avais rêvé d’un chemin plus paisible.
Mais vraiment, je ne peux ni ne veux me plaindre. Je mesure tous les jours, la chance que j’ai d’être entouré d’une femme et de filles formidables.
… et mon sac est moins lourd que les peines que je porte.
Depuis Le Puy-en-Velay et le choix d’une première intention de prière que j’ai pioché, de nombreuses autres les ont rejointes au fil de mes discussions en chemin ou de mes partages avec vous.
Je ne sais pas si je suis le meilleur messager du moment, mais je porte toutes les intentions jusqu’à Saint-Jacques. Foi ou superstition, je porte tout, sans distinction.
Ce chemin est comme un aimant, il provoque beaucoup de joie, des éclats de rires et abrite aussi beaucoup de peines.
Tous les matins, dans la lueur du petit matin, je passe en revue toutes les peines confiées, pour être certain de n’en oublier aucune.
Ultreia

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15 Louis, Kévin et les autres…

6 h 30, Saint Jacques de Compostelle est à moi, rien qu’à moi, enfin presque…

Déjà quelques pèlerins arrivent paisiblement, en silence. Un goutte à goutte qui nourrit la ville depuis des siècles.
À présent dans la Cathédrale, je porte en prière, toutes les peines qui m’ont été confiées durant ce voyage.
Louis, Kévin et les autres…

Immobile, je reparcours mon chemin de rencontres depuis Martial à Montbonnet. Mais les images se brouillent et se mélangent comme pour m’interdire d’en garder aucune, comme pour m’obliger à les garder toutes en un souvenir unique.
Cette année, ces rencontres dessinent, façonnent un chemin comme aucun autre. Chaque fois différent… même après dix pèlerinages.
Je ne me lasse pas de cette formidable pièce de théâtre improvisée dont je connais les principales répliques par cœur, tant toutes ces histoires de joies et de peines n’en font qu’une… l’Humanité.
L’Humanité dans ses beautés, dans ses travers, dans ses mesquineries aussi, mais dans ses actes généreux surtout.
Cette année, j’ai voulu parcourir d’une traite les 126 derniers kilomètres, pour en finir au plus vite, fatigué par ce long mois sur un chemin trop long pour moi, cette année.
Cette journée fut un long plan séquence inoubliable, une expérience sans limite comme je les aime, avec un repos sur un banc en pleine nuit à Arzua,

la rencontre de ce Suisse et ce Français cheveux et barbe hirsutes, tous les 2, comme 2 jumeaux, vivant sur le chemin, vivant de rien et parfois la vente de quelques dessins.

Mais l’image que je vais garder c’est celle de ce couple croisé à la tombée de la nuit dans un petit village. Lui en fauteuil roulant, soutenant sa femme en déambulateur. Équilibre précaire… mais présence pour l’autre indéfectible. Ils me souhaitent un « Buen Camino », auquel je réponds par un machinal « égalemente », ne sachant pas qui des 3 a le plus besoin de ces encouragements.
Seul dans le silence de la Cathédrale je mets un point final à ce récit… quand les prêtres arrivent dans le chœur.
La messe commence, je reste.
Poursuivez la lecture avec Le Chemin des phares, 8 jours de rêves en Galice le long de la côte Atlantique