15 h 00, je passe la porte de St Jacques qui donne accès à la vieille ville de St Jean-Pied-de- Port… et l’ambiance change en un instant.
Me voilà propulsé dans le Main Street d’un Disneyland… Caminesque.
Rue étroite pavée d’ocre, bordée d’un habitat typique basque. Dans ce paysage de carte postale, chaque maison est un gîte et, dans cette jungle implacable, chaque hôte cherche à se démarquer par une citation « inspirante ».


Entre les gîtes, se repandent… boutiques souvenirs et autres magasins pour équiper les retardataires, les étourdis ou ceux qui seraient partis sur les chemins de St Jacques en tong.

« Ça arrive ! » dit la vendeuses à des chalands à qui elle tente de vendre des bâtons de marche.
« Ça monte beaucoup, dès demain, vous savez… ». Jouer sur la peur est un argument commercial imparable.

Devant l’office des pèlerins une longue queue s’étire. Surtout ne pas oublier de se faire compter… et tamponner sa crédantiale.
Sur le trottoir d’en face, un amas de pèlerins git à même le pavé. Sur le visage de certains, on perçoit la délivrance, la joie du chemin accompli. On se congratule, on est triste de quitter ses meilleurs amis pour la vie.
Sur le visage de ceux qui restent… affleure une pointe de satisfaction d’être arrivé jusque là et un soupçon d’inquiétude face aux redoutés 1300 mètres de dénivelé de l’étape du passage en Espagne à Roncevaux.
Un groupe remonte la rue, ceux là font partie d’une autre caste, « les bleus ». Ils commencent demain.
Sacs sur le dos et valise à roulettes à la main ils s’empressent, eux aussi, de se faire recenser, officialiser le départ de l’épreuve d’une vie…
Leurs tenues sont bien repassées, ils sentent encore bon et ont le regard hagard de ceux qui ont besoin de trouver leurs marques.
Allez, c’est parti ou reparti… Ultreia !

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