Kilomètre 4 050, Norvège
Quand je rencontre Matteo pour la première fois, nous nous débattons l’un et l’autre dans des montagnes russes au nord de la Finlande avec de bonnes rampes à 9 %, suivi de jouissifs toboggans puis de nouvelles bonnes rampes à 9% suivis de jouissifs toboggans… et ainsi de suite, une journée durant.

Matteo me cueille sans mal dans une rampe, vu que je n’ai pas ses moyens physiques.
Quand ça monte… moi, je marche.

Il me double, me nargue avec son drapeau italien… en pleine coupe du monde.
Sacrilège ! Non je plaisante. Ni lui, ni moi ne sommes très portés sur le foot. Mais il a pour habitude de transporter un bout d’Italie dans ses bagages.
A 23 ans, Matteo a décidé de ne pas faire d’études supérieures, du moins pas pour le moment. Il préfère être pizzaiolo voyageur comme d’autres se rêvent en écrivains voyageurs.
Matteo est revenu d’Australie avec quelques économies et un solide niveau d’anglais, son bac à lui.
Comme moi, il voyage sans plan précis… enfin c’est ce qu’il dit parce que, en creusant un peu, son planning est écrit comme une partition millimétrée.
« Passer rapidement au Cap Nord, puis avancer assez vite jusqu’au Lofoten pour faire quelques balades avant de démarrer un travail à Bergen ».

Je retrouve la fusée Matteo sur le ferry qui nous mène de l’île de Senja au Lofoten. En voyageur malin, il squatte toutes les prises du bateau, histoire de recharger, batteries externes et téléphone.
On s’amuse de l’improbabilité de nos retrouvailles, on se raconte nos deux dernières semaines mais déjà nos chemins se séparent.
À Bodø, sous une pluie battante, quelqu’un me hèle. C’est encore Matteo… qui fait sa pause déjeuner dans un abribus, avant de prendre son train pour Bergen.
Il s’est étalé ce qui étonne une Norvégienne qui participe à nos retrouvailles, mi amusée mi agacée par autant de sans gêne.
Il faut dire que Matteo y va fort avec son réchaud qui fume et son vélo qui bouche l’entrée de l’abribus.
Nécessité fait loi chez les rescapés climatiques, doit-il se dire.
Je découvre que Matteo n’a pas de travail qui l’attend… mais il est certain d’en trouver, ne se fait aucun souci pour les démarches administratives et est persuadé qu’il trouvera facilement un logement à un prix raisonnable.
En fait Matteo, a qui tout sourit, n’est pas chanceux, il construit sa chance par sa compétence, sa capacité à aller vers les autres et une bonne dose de confiance en soi.
C’est à Bergen que je le retrouve. Il quitte sa cuisine un instant pour venir saluer en salle.

Tous les voyants sont au vert : Il a un boulot, une chambre, son rendez-vous pour se faire enregistrer par l’administration… et déjà un groupe de compatriotes devenus ses amis qui lui ont permis d’avancer très vite dans toutes les démarches.
Il ne connaissait personne à Bergen il y a moins de deux semaines… il a fait son trou avec un facilité déconcertante.
Matteo a pour habitude de donner un petit coup d’épaule dans la porte de la vie et elle s’ouvre.
Il sourit à la vie… et la vie lui sourit.
La chance n’a pas sa place dans son parcours… juste une ouverture aux autres XXL et un sens des choix. À salaire inférieur, il a privilégier l’entente avec l’équipe de la cuisine mais aussi de la salle. Tout est pensé, réfléchi.
En moins de deux semaines, le voir dans son restaurant fait plaisir à voir.
Il est heureux comme un poisson dans l’eau… qui va devoir « nager » avec des chaussures adaptées à la météo locale : 230 jours de pluie par an… les autres jours… il neige !
Au terme de son contrat de six mois, le pizzaiolo voyageur reprendra la route à vélo, son Erasmus a lui.
Cio Matteo !
P.S : Vous allez rire… on a même pas une photo ensemble. Là n’est pas l’important.
Il est sur Instagram… si vous voulez vraiment voir sa tête.

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Une belle histoire qui donne la banane de bon matin ! C’est jouissif de retrouver une personne plus loin sur le chemin ! Inne roue libre