Étape 13 : Lavacolla – Saint-Jacques 10 km
D + 160 D – 180
7 h 00, je me mets en chemin pour les dix derniers kilomètres qui me séparent de Saint-Jacques-de-Compostelle.

Un congrès de médecins a bouté les pèlerins hors de la ville. Impossible de se loger à un prix décent à moins de 10 km.

Pour moi, arriver à Saint-Jacques, c’est un peu comme rentrer à la maison, tant j’ai de souvenirs dans ces lieux.
Ces longues matinées passées assis sur la place de la Cathédrale, dans l’apesanteur de l’arrivée…
Le temps s’arrête.
Le festif brouhaha collectif contraste avec le silence intérieur de chacun.
Une paix. Un d’accomplissement.
Quinzième arrivée pour moi ce matin.
Toujours différent, toujours semblable, toujours unique.

J’aime me retrouver, seul ou presque, dans la Cathédrale au petit matin et même si bon nombre de mes croyances se sont envolées, ce lieu reste unique pour moi.
Une maison, celle de millions de pèlerins. Des siècles de crasse humaine, psychologique et physique, purifiées à grand coup d’encensoir géant, le Botafumeiro.
J’aime déambuler de longues heures dans la nef et le transept, comme on peut le faire dans le labyrinthe de certaines cathédrales.
Prier avec ses pieds, prier comme un pied, mais prier quand même, ma marque de fabrique.

Cette ville est un melting-pot, le supermarché des marchands du temple, une cour des miracles mais aussi et surtout un lieu de fraternité authentique. Éphémère souvent.
Cette année, ce chemin se termine dans la joie d’une belle retrouvaille.

À l’entrée de la ville, je retrouve Kenneth, le coureur de Hong Kong avec qui j’ai partagé de belles foulées il y a deux jours.
Il est arrivé hier. Lui aussi s’est logé hors de la ville. Ce matin, il continue le chemin vers Fisterra avec Andrea, un médecin italien rencontré il y a peu.
Je leur conseille de marcher de Fisterra Muxía par le chemin des phares. Il sont « chauds ».
C’est difficile d’expliquer ce qui se joue dans ces rencontres fugaces, plus profondes que de de longues relations.
Un point commun : la course à pied, qui nous fait briller les yeux, le chemin qui nous met en mouvement… et les projets, toujours des projets, notre ciment.
Tout en cheminant vers la Cathédrale, nous nous confions comme si nous nous connaissions depuis toujours. Kenneth vante mes « exploits » à Andrea. Je ne sais plus où me mettre.
Le chemin est une source d’inspiration mutuelle.

Assis sur la place Obradoiro, la tête tournée vers la Cathédrale, je me dis que…
Décidément, il a une tête de boule à facette ce retour aux sources.
Il fractionne, multiplie et renvoie la lumière que chacun porte en soi.

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