Étape 1 : Oviedo – Grado 25 Km
D+ 440 D- 615
6 h 30, tous mes sens sont en éveil, la mémoire du corps qui se prépare… sauf qu’en ouvrant la fenêtre, dans ce coin très à l’ouest de l’Europe, il fait encore nuit noire.
Parfait ! J’ai le temps de me réveiller tranquillement. Endosser en douceur mon costume de marcheur à 4 à l’heure.
Je prends le temps d’un petit déjeuner, servi par une dame charmante qui se plaît à pratiquer son français.
« J’ai malheureusement peu l’occasion de parler le français. Sur le Camino Primitivo il y a surtout des espagnols des anglais et des allemands ».

Départ de la Cathédrale San Salvador d’Oviedo, accompagné par un ballet de laveuses et de camions poubelle.
Tout doit briller avant l’arrivée des premiers touristes.
Moi qui pensais trouver le calme sur le chemin, je compte très rapidement près d’une vingtaine puis une cinquantaine de pèlerins mais, tout à la concentration du début du chemin, chacun reste silencieux.
Seul quelques timides « Buen Camino » et des sourires, s’échangent discrètement.

Sur cette étape, des passages dans les bois succédent à de longs passages sur des petites routes de campagnes désertes. Une peu trop de bitume à mon goût.
Je traverse une belle campagne d’autrefois, un bond dans une France des années 50. J’adore !

Chemin faisant, je rencontre un avocat irlandais qui vit aujourd’hui sa toute première expérience du chemin. Nous devisons un moment. Puis je sens à l’imperceptible accélération de son pas, qu’il souhaite profiter à plein de sa semaine de solitude.
Un peu plus loin je fais la connaissance de deux Israéliens, improbable rencontre dont seul le chemin a le secret.
Un premier échange purement technique concernant le nombre de kilomètres restant, la meilleure application pour le Camino Primitivo… rien de plus.
Nous apprendrons à mieux nous connaitre, dans les jours àvenir. C’est aussi ça le chemin.
Le premier jour, on se parle d’où on vient. Ensuite, seulement, viendra le « qui on est ».
Quelques kilomètres avant Grado, un menu del dia (menu du jour) me fait de l’œil. La maison déborde d’espagnols du coin. C’est bon signe.

Effectivement, la maison est bonne. Je retrouve, avec plaisir, l’esprit du menu du pèlerin : Un repas complet avec pain, eau, vin, désert pour… 24 euros, le double du prix de 2012. Mais bon c’est le menu du samedi, pas de jugements hatifs.

Me voilà rapidement attablé et quand le serveur m’apporte du vin et de la limonade en guise d’eau, je pense d’abord à une erreur, mais voyant mon voisin de table s’en servir une généreuse rasade, je l’imite.
Ce brevage délicieux me transporte, en un instant, dans les petits cafés de campagne de mon enfance, où le rouge limé coulait à flot.
Il a décidément bon goût, ce retour aux sources.

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