Kilomètre 3 414, Norvège
Qu’est-ce qui a été le plus dur à la fin du voyage à pied de Gibraltar au Cap Nord ?

C’est l’impossible retour arrière du simple vers le complexe, de la confiance à la défiance.
Depuis près de deux mois, je vis une parenthèse de confiance a priori, de sécurité a priori.
Bien évidemment cette confiance et cette sécurité ne naissent pas de nulle part, elles sont soutenues, sous-tendues par une culture, un collectif où chacun se sent responsable de l’équilibre de ce modèle. Un fragile jeu de kapla ou s’empile, confiance interpersonnelle, dialogue social, faibles inégalités, confiance dans des institutions où règne la transparence, l’efficacité et une faible corruption.
Un équilibre mis à l’épreuve par l’arrivée de personnes qui n’ont pas les codes, ou qui trahissent délibérément cette confiance, notamment certains vacanciers.
J’ai en tête ce camping-cariste français garé en travers sur trois places et qui, sans demander, se branche sur l’eau d’un magasin, car il a vu un tuyau par terre et qu’il s’est procuré une clé carrée du bon modèle.
Mais il y a aussi des trafics qui se développent en Scandinavie et mettent à l’épreuve ce modèle de société, peut-être mal préparé à ces nouveaux défis.

Confiance a priori va de pair avec la corde de rappel du regard social que certains peuvent voir comme un revers de la médaille.
Les caméras de contrôle, assez présentes dans l’espace public, complètent cette corde de rappel, notamment aux caisses 100 % automatiques des bars/épiceries des ferries.
Depuis deux mois, je bivouaque beaucoup, mais je me rends aussi dans des campings, des gîtes et des hôtels.
Mon passeport ne m’a été demandé que quatre fois… et encore, pour noter mon nom sur une feuille volante, la plupart du temps.
Confiance a priori ou confiance inébranlable dans le système de paiement nominatif des Cartes Bancaires, qui rend superfétatoire la vérification d’identité ?

Je me sens en paix en Scandinavie. Je souffle, je revis.
À Svolvær, mon vélo est resté une journée entière, en pleine ville, sacoches pleines. Sans le moindre contrôle… et sans le moindre souci.
Le voyage est une vie simple en soi.
Cette année, marcher est remplacé par pédaler. Le reste est inchangé.

Manger, boire, dormir, écrire, m’ennuyer… Une vie monacale, apaisante. Une vie dont on ne revient jamais tout à fait indemne.
Alléger sa vie.
Ce moment loin du monde et loin de tout est une nouvelle occasion donnée de passer ma vie au tamis. Il n’est plus temps de faire semblant.
Vivre, tout simplement.
J’ai bien conscience qu’il est plus facile d’écrire ces lignes, de faire ces choix, au moment où la « vie active » se referme et où s’ouvre un autre temps.
Et si s’ouvrait le temps de la confiance a priori ?
Retrouver tous les articles dans l’ordre chronologique en cliquant sur le lien Roue libre en Scandinavie
En savoir plus sur Voyage Gibraltar Cap Nord ChristopheVesco.com
Subscribe to get the latest posts sent to your email.