Kilomètre 1497, Finlande
Qui aime la monotonie, en Finlande sera servi !
Je remonte la Finlande depuis Helsinki. Est-ce mon rythme d’escargot ou la géographie… toujours est-il que je m’ennuie.

Comme dirait Jeff Tuche :
« Tu peux traverser une forêt mais pas quinze.
Tu peux traverser deux forêts mais pas quinze… »
Vous avez compris le concept. Des forêts, des pistes en gravier, des lacs… à l’infini.
Je dois bien avouer que je ne m’attendais pas vraiment à une telle monotonie des paysages.

Est-ce que je me suis trop vite habitué au beau… pour ne plus le voir ?
Les jonctions entre deux pistes en gravier se font par des routes dont le trafic parfois intense, me fait douter du fait que les Finlandais ne sont que cinq millions.

J’emprunte des routes départementales, tranquilles et des routes nationales. Sur certaines, la durée de vie d’un cycliste semble rivaliser avec celle d’un piéton sur la bande d’arrêt d’urgence de nos autoroutes françaises… On est bien loin de l’extrême prudence et du respect que j’ai pu connaître en Norvège… et même si on me dit que les Finlandais sont très attachés au respect des règles, cela ne semble pas concerner le code de la route.
La plupart du temps je roule sur des pistes en terre, lisses comme des billards sur lesquels déboulent les voitures à tombeau ouvert. Mais parfois, la piste est rechargée en ballast et là, ça devient juste l’enfer.
Qui n’a jamais marché sur le ballast d’une voie de chemin de fer ne peut pas comprendre.

Heureusement, plus je m’éloigne d’Helsinki, plus le trafic se raréfie et me voilà souvent seul, accompagné par le gazouillis des oiseaux dans une nature d’un vert tendre exquis, baignée des rayons printaniers. Le paradis vert.

Dans ce silence, que brise la brise qui embrase la cime des boulots, tout doucement, la monotonie devient amie, confidente discrète, muette.
Dans la fraîcheur du petit matin, ma vie passée défile au fil des kilométres… ce que j’aurais pu dire, les choix alternatifs que j’aurais pu faire. Tout y passe à l’allure de l’escargot, comme un image par image, redoutable pour qui n’aime pas se revoir.
Dans la longueur, la langueur, la lenteur des fins d’étapes, l’état de conscience se modifie, un bain grisant et reposant.
Dans cet « hors du temps » le crissement des pneus sur la piste en gravier berce ma mélancolique monotonie. Le temps passe moins vite, mais il passe.
Plus rien n’existe, plus personne n’existe. Mon regard se perd au loin, suivant la ligne infinie de la piste, mouvement hypnotique.

La monotonie des actes de la vie quotidienne prolonge, bien après l’étape, cette modification de ma conscience.

Le lieu de bivouac est trouvé, la tente est montée, le vélo est déchargé, le lit est préparé, tout ça dans un rituel immuable qui ne nécessite plus aucun effort. Tout forme un tout indivisible.
Mon esprit est ailleurs, repos de l’âme..
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