Reprendre la main sur l’algorithme

Kilomètre 646, Suède

La lecture de cartes est une de mes qualités et de mes passions, depuis ma plus tendre enfance, le sens de l’orientation une boussole interne presque infaillible.
D’un simple coup d’oeil je transpose la carte sur le territoire, sentant LE ENDROIT où ça passe en beauté.

Avec les années mon sens de l’orientation s’est passablement émoussé. À trop suivre aveuglément le GPS, dans la vie de tous les jours et en voyage, je me suis littéralement déboussolé, décérébré.

Et depuis le début de ce voyage, j’ai passé un cap, confondant « roue libre » et paresse intelectuelle.
Comme dans des domaines toujours plus nombreux, j’ai confié mon voyage à un algorithme, celui d’un GPS à qui, au fil des années, j’ai fait de plus en plus confiance, à qui au fil du temps j’ai cédé mes exigences.

Depuis une semaine, je passe à côté de merveilles, trainant souvent mes pneus sur des routes sans âmes, les yeux rivés sur les quelques centimètres carrés de mon smartphone, moi qui promettait de « lever le nez du guidon ».

Ce matin j’arrive dans le petit village de Flo, épuisé comme depuis quelques jours par un voyage, par une activité cycliste, qui me consomme plus d’energie qu’il ne m’en donne.

Je ne voyage pas, je déplace 85 kg de barbaque sur 10 kg de caoutchouc et d’ acier. Je cours lentement mais sûrement à ma perte.

Bref, dans ce petit village, je fais la connaissance d’un couple de cyclotouristes français enchantés par leur chemin du matin. Ils me montrent non loin de là un imposant plateau émergeant de la plaine. Un beau massif planté d’immenses sapins, bordé de belles falaises granitiques, le tout ressemblant à un gros gâteau bien appétissant.

De mon côté, je peste de rouler sur ces voies dites cyclables, en tout cas étiquetées comme tel par les Autorités Suédoises et sur lesquelles voitures et camions me font la misère.

Comment j’ai pu laisser passer une si belle route forestière. Le monsieur me donne un cours, il trace lui même son chemin sur un fond de carte numérique, sans algorithme, à l’ancienne.

J’ai honte ! Je me revois dans le bureau du proviseur me prenant un avoinée pour travail bâclé.
Point de réprimande ce matin, pas même une réprobation, juste le témoignage d’un couple de retraités qui prend le temps… deux fois plus que moi pour rallier Goteborg à Stockholm.

Les vrais « roue libre » ce sont eux !

C’est décidé, dès demain je reprends la main sur l’algorithme, dès demain je voyage.

Je suis parti pour trois mois, un peu dans le déni de ce qui m’attendait, « À l’arrache », j’ai bourré mes sacoches de fatras en oubliant l’essentiel :

Un voyage, une vie, ça se trame, comme un roman.

Vous pouvez retrouver tous les articles dans l’ordre chronologique en cliquant sur le lien Roue libre en Scandinavie


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