Giron – Combe froide, 15 km
Peu après Giron, je rentre dans un bois. Je me sens infiniment petit, intimidé, face à ces colosses, gardiens de la forêt millénaire.

Le point de vue de la roche Fauconnier, me donne l’opportunité de poser ma charge, prendre la mesure de ce qu’est la randonnée hivernale en autonomie en raquettes.

La carte n’est pas le territoire et je suis souvent beaucoup trop hardi quand, tranquillement installé dans mon canapé, je laisse mon esprit m’emmener en promenade.
Se confronter au territoire est une bonne manière de garder les pieds sur terre, un salutaire rappel à la réalité.
Je rêvasse « philosophie de comptoir » depuis vingt bonne minutes, quand je prends conscience que je me refroidi. Allez, en route !
La Grande Traversée du Jura peut se pratiquer l’été, à pied, en vélo, à cheval… et l’hiver, en ski de fond, en ski de randonnée nordique ou en raquettes.
Chacun sur son chemin propre. Ce dédale se croise et se recroise jusqu’à ne parfois plus savoir si on suit la bonne piste. Un balisage très rapproché, indispensable, permet de garder le cap.
Peu après le village de La Pesse, exténué, je pose mon sac au sommet d’une petite côte ensoleillée. Un replat au bord du chemin fera mon bonheur. Aujourd’hui, je n’ai pas vraiment les moyens de faire le difficile, je suis « cuit ».
J’ai sous-estimé le poids du sac dans de la neige lourde. Cette mélasse qui botte sous la raquette. Harrassant. À chaque pas je soulève 1 kilo d’une neige bien compacte. Je me transforme en échassier, bien malgré moi. Heureusement par endroit la neige est juste mouillée.
On se croirait à Pâques… et nous sommes mi-janvier.

On dit qu’il faut dix jours pour rentrer dans un chemin… mais le bivouac hivernal vous cueille dès le premier jour. Pas de répit.

Je pose ma toile de vie et déjà la routine de campement doit se mettre en place.
Faire bouillir la neige la plus propre possible pour obtenir trois litres d’une eau que je redécouvre en élément vital.

Je ne regarderai plus jamais un robinet de la même manière.
Poser le premier matelas en mousse pour couper du froid, gonfler le 2ème pour le confort, ranger chaque chose à sa place. Je suis bien occupé pour mettre mon carré au carré avant le coucher du soleil.
Dans cette immensité immaculée, je suis un marin, un marin des neiges, je cours en solitaire…
Quelques promeneurs s’arrêtent, s’intéressent, hume mon dîner… il est 17 h 00.
« Vous êtes bien courageux jeune homme » me lance une femme, la petite soixantaine. Je rigole intérieurement. J’ai son âge en fait.
19 h 00, je sombre
8 h 00, je me réveille en pleine forme.
Il a plu toute la nuit, ça ne présage rien de bon…

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bien écrit, et surtout bien vécu !
Bonjour Christophe
Bonne année et bon courage